*
BAIE DE VAIARE
Moorea

A l'arrière du ferry comme à l'avant
Parmi poulies géantes et cordages
Au crépuscule ou à l'aube :
Hatha-Yoga, pranayama
Baigné dans la brise du large
Dans la baie de Vaiare jadis
Un simple quai, et un îlot
Avec des pins aito, un cocotier.
Au dessus, la montagne percée
Par la lance du Dieu Hiro
Plus tard Riro dira : "c'est mon ancêtre
J'en porte le nom" (image 82)
Devant la proue
Caracolent les dauphins
Plus loin dans le détroit de la Lune
S'accouplent des baleines
Après un long, très long voyage.
*
COTE EST, MOOREA
Sur le petit pont de Maatea
Passent les cyclistes.
Des buissons de fougères
Croissent sur des îlots minuscules.
Moorea
Mille fois je te sillonne
Dans tous les sens
Le matin par les baies du Nord
Le soir par les baies du Sud.
Le matin survolant la plage vierge en avion biplace
Et le soir encore au crépuscule
La vitre soulevée et l'air qui refraîchit la face
Le petit avion se penche vers le récif
Le petit avion se penche au-dessus du lac
Le petit avion se pose.
Puis le vélo parmi les fleurs
Géantes, de toutes les couleurs!
Année après année ...
*
COTE SUD, MOOREA

Au volant de l'automobile
Je vois surgir la baie du Sud
Tous les deux nous serons bientôt
A la maison, au bord de l'eau.
Sous les pilotis, mon atelier
Bambous coupés dans la montagne
Harpe éolienne, flûtes de pan, flûtes nasales (vivo)
Toiles et tubes de couleur.
Le siège est un rondin de cocotier.
Au volant de l'automobile
La Mehari violette qui revient du port
Je pense à ce que tu disais
De notre vie nouvelle de ce côté de l'île...
Je pense à nos baisers dans la douceur du matin
Je pense à toi qui danse.
Je chante
Pinçant les cordes de la main gauche
Frappant le tambour de la main droite
Je pense à ces oiseaux venus de très loin
Difficiles à voir, ils volent très haut
A l'abri de tant de maux.
*
COTE OUEST, MOOREA
Varari

Au dessus de la plage secrète
Est un chemin bordé de dragonniers ...
Au loin : la maison
Où Christine répare une robe jaune
Pendant que dans le séchoir durcissent les tranches
Des mangues ramassées chaque jour.
Sur le chemin de Varari
Une femme avance vers l'église
Cheveux pliés sous son chapeau
De paille, couronné de fleurs.
Elle a mis des talons trop haut
Et marche difficilement...
Moi je m'accroche aux acacias
Pour descendre la pente raide
Je vais chanter en dansant
Sur ma plage secrète à marée basse
A l'ombre des manguiers célestes !
C'est la saison des mangues
Elles ont roulé ce matin sur le sable
Et j'en remplis un grand panier.
*
ESTUAIRE D'U'UFAU
Varari

Ce petit fleuve que j'aime tant
Jamais plus large qu'un torrent
Se jette à Varari dans le lagon.
Mon regard devine son passage à travers la forêt
Des grands arbres qui tintent dans l'été.
Eté perpétuel
Eau chaude du lagon
Ile surgie d'une explosion
Que l'érosion n'a pas eu le temps d'arrondir.
Femme longuement posée dans l'eau
Tu contemples l'horizon, le récif
Tu devines ce que sont là-bas les vagues pour le surf
Et tu vois quelquefois les baleines passer
Avec leurs grands jets d'eau surgis du dos …
Ecume.
La rivière U'ufau se répand dans le lagon
Au milieu des galets
Puis sur le sable des hauts-fonds
*
DEUX OISEAUX
Varari

Sur l'île Moorea, à Varari
Dans la paix chaude de la Mer du Sud
Deux oiseaux s'aiment et se le disent
Ils sont perchés sur des poteaux
Plantés dans la mer.
Sur le rivage le bateau à moteur
Est en réparation
A l'ombre des cocotiers.
Plus loin : des pins, des flamboyants
Aux fleurs rouges
Comme le soleil couchant .
Les poissons se déplacent par bandes
Les poissons jaunes rayés de noir
Ils se réfugient parmi les jambes
De la mangrove aux feuilles vertes.
Je joue de la flûte en ces lieux
Je marche dans l'eau à pas lents
Mon amour ,accompagne moi
Fais sonner le ukulele
Suspendu à ton cou par un tissu bleu
Chante pour multiplier
Les jours et les nuits de l'amour
Prions pour n'être jamais sourds
A la splendeur douce du jour
*
LES BASSINS D'U'UFAU
Varari

En cheminant dans le lit d'U'ufau
Parfois tu trouves un très ancien outil
Parfois tu longes un marae
Sanctuaire de pierres noires
Englouti par la verdure.
Bondissons
En amont du torrent
Asseyons nous dans les bassins d'eau fraîche
Blottis contre les petites cascades (image 74)
Qui caressent nos épaules.
Parfois une chevrette minuscule
Mordille le bout du pied ou la fesse
Alors tu sursautes, surprise.
Les grands arbres mape
Drapés comme des orgues
Enfoncent leurs racines même dans l'eau.
Sur une large pierre j'ai gravé
Un pétroglyphe avec mes rêves.
*
LES SOURCES D'U'UFAU

Où donc surgit la source
De la rivière U'ufau ?
Entre de hauts pans
Nous cheminons dans le torrent
L'ombre est épaisse et parfois je t'attends.
Mes jambes comme des élastiques
Bondissent et dansent
D'une pierre à l'autre.
Infini ...
On est déjà haut et on voit
A travers les arbres parfois
Les cimes des montagnes.
Tu t'assois dans le ruisseau menu
Entre les feuilles des fougères je te vois toute nue
De tous côtés des ruisselets convergent par milliers.
La source est-elle partout ?
*
CEREMONIE A ELLE
Forêt d'U'Ufau

Tu t'es couchée sur le tronc penché d'un arbre mape
Et moi à genoux sur ses racines
J'ai longtemps , très longtemps sucé ton sexe végétal.
Sur un vieux temple de pierre semblait chanter
Une Déesse-Mère
La Mère de la Fertilité
Comme une bénédiction près des eaux d' U'ufau ...
*
CEREMONIE A LUI
Forêt d'U'ufau

Je me suis assis parmi les pierres de la forêt
Et ma compagne est très occupée
A sucer le bâton de miel offert entre mes jambes.
La lumière de mon front se répand dans la forêt
J'aime tes seins à la saveur de lait
J'aime les courbes de ton corps
J'aime te pénétrer
Parmi les fougères dont nous sommes la fraternité.
*
L'AUTEL DE L'AME

Les doigts sur la cithare d'or
Je bois seulement de l'eau et dors.
Le jeûne est doux, long et précieux
Mon amie parfois me donne un baiser.
Devant la terrasse : la plage
Je m'éveille et me rendors
Je rêve de ce temple violet
Où un oiseau emporte ton âme
Pour la faire voyager
Au delà de la mort.
Mon amie, mon amour, es tu là ?
Une voix me répond :
"Je suis là pour toujours
Mais le corps où je faisais mon nid
Accueille ces temps-ci plus rarement mon âme"
Face au lagon à Ha’apiti
Mon âme est blottie à cette âme
Là est vraiment l'Eternité
Viens donc, viens donc t'y oublier !
*
*
CAP DE BERBERIA
Isla de Formentera

L'amour exauce les rêves
La maison face à Es Vedra
L'île où dit-on se cachent
Les voyageurs d'autres planètes.
Sous les voûtes du temple rose
Le chant résonne et l'oeil est clair
L'oeil qui lance les mains très haut
Dans la danse qui ne finit pas...
Sur la terrasse, danse encore
Et sur le toit, que te pénètre Dieu
Au souffle de soleils !
A l'entrée un palmier dattier.
Plus bas l'automobile rouge
Aux faux contacts hebdomadaires
Qu'il faut réparer à la main.
Puis un hamac tendu entre deux pins
Où l'on peut oublier tous les rêves
Que désirer encore ?
Que cessent les faims, afin
Que notre Amour n'ait pas de fin.
*
RACO SES XIQUETES
Formentera

Longe la côte vers le cap de Berberia ...
Vois la maison rose d'amour,
Et derrière
Le bois de pins
Plus bas sur la falaise
Une vasque de sable dur
Au dessus d'une plage pour la danse.
Nul ne la voit
Ni d'en haut
Ni de la mer
Nager vers l'arche...
Tailler un escalier dans la pierre ?
Le ressac était fort ce jour-là
J'en fus presque noyé.
O les paupières des rochers !
Entre un soleil et une lune
Peints sur le bord de la falaise
Vois
Une petite pyramide
De pierres
Qui abrite les os des chats
Adoptés sur le motu Tane
(Bora-Bora).
*
CALANQUE SAONA
L'hiver, Formentera

La nef des fous en Méditerranée
Voilà le bateau que je pris un soir
Mon amour m'en avait supplié
J'en perdis la raison tout à fait.
Au loin l'îlot est nu
Cathédrale de sable rose.
J'ai tant d'amour pardonnons nous
D'avoir voulu tout essayer !
Amants, amantes sans soucis
Par les petits trous de la coque s'engouffre
L'eau des désirs débridés ...
Il y eut tant de voyageurs
Carthaginois et phéniciens
Wisigoths, marseillais
Catalans ,romains et sarrazins …
Et maintenant une autre voile
Avec l'emblème du Soleil
Que le Phénix, fort protecteur
Des âmes lasses du Mirage
En son feu d'or me brûle, et
Me ressuscite de la mort !
*
EN HAUT DE LA COLLINE
Cabralia, Brésil

L'église est posée sur la colline, elle est fermée
(A cause des voleurs)
Presque transparente
(On voit le bleu du ciel à travers elle)
Une voiture démarre, un enfant joue sur son vélo
Comme sur un cheval dont on tire la bride
Deux amants boivent avec une paille une noix de coco
Bientôt ils se sépareront, se retrouveront, se sépareront.
Un arbre squelettique suspend ses fleurs et ses fruits
Au dessus de la mer.
L'église chante et son toit danse
Suspendu dans le ciel.
De l'Amour de Jésus on se souvient
De la Croix.
La croix rivée au sol sans cesse s'écartèle
Et la croix sur le toit s'envole
Toute Lumière.
A gauche de l'église une petite ouverture
Sur le cimetière.
Illusion de la sensualité sans la consécration
Illusion de l'Histoire.
*
EN BAS DE LA COLLINE
Cabralia, Brésil

Au loin, devant le port de pêche
Est une île au nom de Paradis
Mais le vent souffle,la pluie nous secoue
Partout autour meurent les habitants
De grippes tenaces, de grosses dengues.
Une éclaircie sur la mangrove.
Il y a 500 ans débarquaient ici
Les conquérants.
Les gens nous dit-on dansent de moins en moins
Ils regardent la télévision
Ils se regardent
En chiens de faïence
Résignés à un sort absurde.
Dans la rue , devant la maison du médecin
Longue est la file d'attente
Des femmes lavent leur linge dans l'eau verte d'une rivière
Dans tout le Brésil on prépare
La célébration d'un triomphe ancien ...
Pourquoi ?
Me suis-je trompé de chemin ?
*
LA OU NOUS VECUMES
Cabralia

Sur le flanc de la colline courent des serpents de pierre.
Près d'un pont danse la statue d'une nymphe
Un ruisseau coule sans cesse sous le petit pont.
Dans la solitude d'une allée cachée
A la recherche d'un moment de paix
Je contemple l'océan et le village
Misère et luxe de misère
Assis face à l'océan je joue sur le psaltérion
O vous serpents tentateurs
Illusions sont vos tentations !
J''avais posé mon sac là-bas sur la falaise
Alors pourquoi errer sur cette Terre ?
Je suis piègé dans ta folie
Peau douce et fesses rebondies, égoïsme cruel
Baisers bandants et oublieux
Orgasmes sans répit
Jusqu'à l'épuisement
De la raison fertile et de ses escaliers
Oh que n'ai-je évité ce sort si délicieux
Mais désastreux comme une guerre !
Pétrifie toi, nymphe au coeur de pierre.
*
LA CASCADE D'AFAREAITU
Moorea

Cascade dans la verdure sereine .
Pierre sculptée.
Et toi mon amie adorée (image 66)
Dis moi : "je t'aime"...
Je danse comme s'élance la fougère
Pour fêter l'eau et le soleil
Soyons légers comme l'air .
La Terre est belle et l'eau est fraîche.
Il fait si chaud sur la berge
Que des millions d'insectes minuscules
Se bousculent et s'agrippent à ma peau .
Sa majesté la moustique
A besoin de mon sang pour ses oeufs ...
Il faudra donc rester dans l'eau
Ou sur les pierres un peu plus haut
Dans la rosée de la cascade
*
DEVANT LA CABANE
Moorea


Un oiseau ce matin s'est posé
Sur cette table.
Le lagon est juste là devant
A quelques pas.
Les jours de forte houle
Les eaux entrent par la porte.
Je danse sur le sable et contemple
L' îlot , jardin sous le soleil torride.
Un bull-dozer laissé par une barge
Arrache les souches trop nombreuses.
Les planches de ma cabane
Sont peintes aux couleurs du Phénix.
Des toiles sont posées ici ou là
Il fait frais sous le toit
De feuilles de pandanus tressées.
La brise agite lentement les palmes des cocotiers.
*
LA REINE DES EAUX

Esprit logé dans le Tiki
Tu cherches donc l'Eternité ...
Contemple Osipeh ( , la belle
Très belle reine des eaux
Elle est entrée dans le corps clair
D'une danseuse sa disciple ...
Elles nous dévorent
Les faims de nos ancêtres ...
Sur les pierres d'un marae
On donne un sacrifice humain
J'étais aveugle, ou ébloui ?
Frappé le sens de ma vie !
On préfère la faim des folies
Qui ont volé l'or du présent ...
*
SANTOCHAN
Nous nous aimerons
Et apprendrons à être fidèles
A ce qui est si précieux en nous .
Nous n'écouterons pas la convoitise qui ruine
Nous construirons avec les forces de nos vies
Un temps calme de Paradis.
Cette énergie et ce désir qui sont outils
Nous n'en ferons pas des idoles
Ce sont des couleurs pour la vie
Non pour l'ivresse de la raison folle.
Préférons donc la loi logique
Qui préserve l'Eternité de l'Amour
Ainsi traverserons nous la mort
Au lieu de la multiplier.
Mirages nourrissez les rêves
Mais évitons de nous perdre
Dans le désert.
*
MONTE

Monte très haut, ma bien-aimée
Oui, je suis un garçon paisible
Tu l'as deviné dans le lagon et je connais le sentier
Du Soleil de nos naissances dans l'Esprit.
Vois la courbure de la Terre et le ciel violet
Et tout en bas Moorea, et sa ceinture de corail.
Sur le rivage tu fais vibrer au vent de notre amour
Nos corps dans la chaleur de l'été austral
Puis tu t'es envolée avec moi après la tempête …
Elle aurait pu tout détruire
Suivons cette lumière qui nous tire plus haut encore.
Ta main est aimantée à la mienne
Alors contemple les étoiles
Et vois Sirius , en haut
Et plus bas, bien au loin,
Derrière la courbure de l'océan
Rapa Nui (image 80), Hawaïï
Aotearoa, Ontong Java ...
Prends refuge dans le violet profond de la nuit
Tandis que le jour se lève
Arche de Lumière sur la planète Terre .
Aie foi dans cette vie .
Les merles des Moluques ce matin
Semblaient dire, du haut des cocotiers :
"Evade toi des cages...
S'il faut que tes ossements ressuscitent
Au fil des tintements métalliques
De l'Histoire des humains"
*
DU SOLEIL SUR DU SOLEIL
Te Ra i nia te ra


Avec un sac aussi léger que possible
Pour le voyage quotidien
Partout la terre natale.
Dans la forêt
Ou sur le sable
Je t'aime.
J'ai joué de la guitare
Tu t'es reposée dans l'envol.
Etire toi et rebondis
Pour guérir ton corps.
Grandir dans le rêve vrai
Miracle.
Construisons nous
Dans la Lumière
Sans trous aveugles.
Nos corps à piloter.
Accueillir
La jeunesse de l'Eternité
Du Soleil sur du soleil.
*
ROYAUTE
Clipperton, île de la Passion


Là les oiseaux ne craignent pas encore
L'homme.
Là les hommes craindront ils
Les femmes ?
Là les femmes craindront elles
Les hommes ?
Un îlot dans l'océan.
Jadis pourtant ici aussi
Un esclave tua ses maîtres
Puis régna en tyran
Sur les femmes .
Il n'y avait plus d'autres hommes.
Il dormait sans s'allonger vraiment
Dans le creux noir d'un grand rocher
Tenant son fusil contre lui.
Pourtant son harem révolté
Parvint à l'assassiner.
Jadis une armée oublia là
Ses soldats.
Aujourd'hui à Clipperton
Les oiseaux sont rois.
*
RENCONTRE

Sur l'île de la passion, Clipperton
Une navigatrice solitaire rencontra
Un navigateur solitaire venu d'Hawaï.
Elle venait de Panama
Sur un bateau offert, à réparer
Une coquille de noix.
Aux abords de l'atoll elle plongea et vit
Quelques épaves sous la surface de l'eau.
« Voici » , me dit la navigatrice
« Trois cadeaux pour toi dans la joie
Apportés de cette île là :
Un peu de sable, un coquillage
Une noix de coco déjà bue
Percée d'un clou, à ta façon ».
Elle est partie sur son bateau
Solitaire comme les solitaires
Amoureuse d'abord de l'eau
De l'Air, du Feu et de la Terre
A l'Infini !
*