mémoires d'un citoyen du monde - 05 (Tahiti)

CHAPITRE V

première arrivée à Tahiti

*



Arrivé à Tahiti  avec Christine, j'allais demander à un chauffeur de truck (bus à l'ancienne, assemblage de planches peintes sur le plancher arrière d'un camion) s'il allait à Tiarei car, dans un monastère bouddhiste des Basses-Alpes, un copain, Patrick Schlouch, m'avait suggéré d'aller direct  visiter Anne Toulemonde à Tiarei..

Le chauffeur m'avait dit "Monte !", mais en fait il allait exactement dans la direction opposée. Un voisin de banc me le fit remarquer lorsque je lui demandais si on était encore loin de Tiarei. Je descendis alors, à Papara . A l'époque, Tahiti n'était pas autant urbanisée. Nous prîmes un chemin vers la mer, et voyant un robinet qui coulait (c'était fréquent, l'eau n'était pas  payante), je le fermais et nous dressâmes notre tente non loin, sous un arbre.

Bientôt passa par là une jeune femme qui s'appelait Nita, et elle nous invita à camper plutôt sur sa terre familiale, ou à dormir dans sa maison, ce serait plus pratique notamment pour les toilettes, disait-elle. On passa la nuit dans la tente, sur la plage, puis le lendemain, nous acceptâmes l’invitation de Nita .

Son père , Arsène, était un homme à la peau rose et aux cheveux blancs , et faisait penser à un  caucasien albinos, avec les yeux un peu bridés. Invalide, il était en permanence allongé sur un lit à une place . En face, sur un fauteuil qu'elle quittait rarement, il y avait son épouse Marie, qui par les traits, le peau et le chignon faisait penser à une grand-mère balinaise . Une des soeurs de Nita était du même type, mais presqu'obèse . L'autre soeur avait un faciès complètement européen, le nez aquilin et la peau claire .

Parmi eux, il n'y avait que Nita qui s'exprimait facilement en français . Mince, elle semblait porter des traces à la fois de sang maohi , de sang chinois et de sang européen.  Même si les sangs avaient été mêlés  suite à la rencontre d'une ancêtre avec un marin de passage ou   une alliance avec un européen ou un chinois , les moeurs tahitiennes continuaient à prévaloir, ainsi que le teint brun plus ou moins clair ou foncé. Les villages, en général, étaient clairsemés, les maisons étant édifiées au milieu de leurs jardins cultivés ou en partie en friche . La famille de Nita vivait sur un terrain assez  grand qui longeait une rivière .

 Depuis plus d'un siècle, les tahitiens , pour la plupart ne nourrissaient pas de préjugés sur la question du métissage. Dès les premiers contacts avec les navigateurs européens, il y avait eu des marins déserteurs ou faits prisonniers adoptés par des familles polynésiennes . Un des cas les plus anciens fut celui de ce français en attente d'être mangé, qu'une princesse de Nuku Hiva fit délivrer pour en faire son époux. Par la suite, tatoué de pied en cap, il fut kidnappé par un capitaine russe puis exhibé dans les cours et dans les cirques d‘Europe, sans que soit tenue la promesse de le ramener à sa famille du Henua Enata (îles Marquises).

En Europe, des recruteurs repéraient sur les quais des gars costauds correspondant à ce qu'ils cherchaient pour travailler sur leurs navires, et ils les enlevaient brutalement. Ces matelots se retrouvaient à bord pour de longs voyages difficiles, et lorsqu'ils trouvaient une famille accueillante dans le Pacifique, certains étaient tentés de déserter. Les capitaines tentaient par des faveurs d'obtenir des chefs que leur soient livrés les démissionnaires. Plusieurs des mutins de la Bounty, qui n'entendaient pas retourner en Angleterre, fuirent la marine anglaise et les perspectives de pendaisons jusqu'à  l'île de Pitcairn, avec des vahine Tahiti  (des femmes de Tahiti).

 Dans les îles , les popa'a (immigrants blancs) intégrés aux familles maohi leur avaient  dès lorsfacilité les transactions (en faisant monter les prix) , lorsque celles-ci négociaient le coût des approvisionnements avec les capitaines qui faisaient escale . Comme le note James Michener, de nombreuses familles tahitiennes appréciaient unir une de leurs filles avec un européen. Et lorsque la plantation d'Atimaono recruta des chinois , le métissage s'étendit à leur contact. Néammoins encore aujourd'hui il existe à Tahiti des chinois ne parlant qu' hakka, et une paroisse avec un prêtre chinois et la liturgie dans cette langue.

 Nita proposa de nous  faire découvrir une réunion catholique "charismatique" se tenant dans le village . Chacun , dans cette réunion, était aimable et improvisait une prière mariale . Un autre jour, à l'église, où elle nous invita à assister à la messe, le contact fut au premier abord beaucoup moins chaleureux. Des jeunes  endimanchés semblaient en colère de nous voir, et d'autres se moquaient de nous. Nita nous expliqua que c'était parce que nous n'étions pas habillés « correctement » (selon l’usage de cette paroisse) . Pour aller à la messe, un homme  devait arborer son costume le plus strict, et la femme une robe ample appelée robe mission.  Nita, qui était une militante catholique plus tolérante , nous appréciait,  et suggéra le lendemain qu'on aille visiter les responsables de l'Enseignement catholique  .

Lorsque nous avions rempli les dossiers pour les bourses indiennes que nous avions obtenues mais dont les visas corollaires tardaient à venir, nous avions dû signer un engagement comme quoi nous ne chercherions pas à travailler en Inde, et comme quoi nous retournerions dans notre pays lors de l'extinction de nos bourses.

 Ce n'était pas la première fois que nous étions confrontés à des attentes, voire à des incertitudes pour des visas en Asie.  Cela nous compliquait la vie surtout parce que nous n'étions pas des rentiers , avec des réserves permettant de nous adapter  aux  très lents méandres de la bureaucratie indienne, et de sortir du pays et d'y revenir autant de fois que souhaité, au rythme des autorisations . 

Il nous parut prudent de suivre le conseil de Nita  et de nous renseigner sur  les opportunités de travailler en Polynésie, dans l'immédiat ou pour plus tard. La Polynésie n‘était elle pas le lieu d‘un métissage culturel  entre des danses de type oriental et des musiques de type occidental ?

Nous prîmes donc le truck pour Papeete (prononcer Papéété) et le frère Claude nous dit d'abord qu'il était submergé de demandes par correspondance, et qu'en fait il engageait autant que possible des locaux . A priori, il ne voyait rien de disponible, en dépit de ma maîtrise ès Lettres et de mon doctorat ès Etudes Théâtrales et de sa mention « très bien » . Mais lorsque  je lui montrais quelques photos de mon travail bénévole avec les enfants que j'avais fait danser à Serenity School, il me dit de revenir le lendemain pour en reparler . Il avait une petite idée à approfondir avec ses collaborateurs.

Le lendemain, il me fit signer un contrat d'un an en me disant que j'avais travaillé bénévolement en Inde, et qu'il était bien que je puisse travailler enfin pour un salaire, et qu'il appréciait d'engager quelqu'un qui ait ces diplômes et ces compétences. Je fus engagé avec un contrat provisoire pour des cours de français . Christine fut engagée à mi-temps pour des cours de biologie, auxquels s’ajoutèrent ensuite des cours d’éducation physique et d’art plastique .  Dès la rentrée scolaire d'août, je me trouvais avec des classes de second cycle. A l'époque, les professeurs de ce Lycée préféraient  enseigner dans le premier cycle , et étaient pour la plupart des  femmes parlant de fringues, de petits plats, d'hôtels pour les week-ends et les vacances. Quant aux quelques hommes,  les uns  semblaient plutôt concernés par les activités syndicales , les autres étaient des frères de Ploërmel -  le Lycée portait le nom du fondateur de leur congrégation, La Mennais, en deux mots (ce qui permettait de le distinguer de son frère Lamennais, qui avait démocratisé le patronyme familial).

Parmi les frères, il y en eut  deux avec qui , dès le  début, je pouvais avoir de longues discussions sans tabous, le frère-directeur Louis Tanguy et le frère Alain Celton  qui animait avec le frère André Desille (également réceptif mais plus réservé ) le MEJ, Mouvement Eucharistique des Jeunes. Ils m'invitèrent à participer à des stages à la campagne, dans la Presqu'île, où des adolescents étaient formés  par des anciens pour devenir à leur tour des animateurs des plus jeunes . Pendant quelques jours, entre les repas et les prières, il y avait la préparation d'un spectacle . Une fois j'y contribuais par une chorégraphie de groupe sur une chanson de Bob Dylan  reprise par Hugues Aufray ("écoute dans le vent"), qu'on filma pour la télévision et présenta sur la place Tarahoi ( prononcer Tarahoï), alors encore verdoyante (aujourd'hui transformée en parking devant l'Assemblée). Une autre fois je règlai une chorégraphie sur le thème de Noé, avec en conclusion  l'évocation de l'arc-en-ciel désigné par Dieu comme moyen de communication avec lui.

L’ année scolaire avait commencé depuis trois mois lorsque le Ministère des Relations Extérieures à Paris me joignit pour que je contacte d'urgence l'ambassade de l'Inde à Paris, car elle avait enfin reçu nos visas de Delhi. Nous avions attendu 10 mois depuis janvier 1984 (où on nous avait informé du fait que nous avions obtenu nos bourses de l' Inde, et qu'il ne restait qu'à attendre les visas). Je contactais l'ambassade indienne afin que les dates à inscrire sur ces visas soient retardées  de  8 mois, afin que nous puissions partir en Inde à la fin du contrat signé pour un an à Tahiti. Cela nous fut refusé. Il fallait partir immédiatement, ou renoncer à nos bourses et aux visas de longue durée.

Nous restâmes à Tahiti . Nous vécûmes d'abord à Punaauia, à la pointe des pêcheurs, près d'un cimetière de  campagne, près d'une plage de sable noir, face à la passe - c'était avant l'urbanisation de ce rivage. Les enterrements étaient escortés de longues mélopées, et la nuit je sentais parfois comme des âmes qui passaient. Pour leur éviter de s'attarder et de me perturber, je leur disais intérieurement très fort, d'instinct : "Là haut ! Tout droit !", désignant cette Lumière présente derrière le mirage des égos incarnés.

Je vécus ensuite à Paea, puis déménageais à Maharepa, sur l'île voisine de Moorea . A cette époque, il n'y avait pas de navette rapide, et la traversée Tahiti-Moorea se faisait sur un ferry qui mettait une heure un quart pour traverser le chenal de la Lune, où venaient enfanter les baleines. Je m’asseyais soit à la proue, d'où l'on pouvait parfois observer une escorte de dauphins, soit à la poupe. Au milieu des cordages, je faisais ma séance d'asanas , de pranayama et de méditation face au soleil levant, et encore aujourd'hui je rencontre des marins qui m'appellent "Yoga" en souvenir de ces temps là où ils sortaient à peine de l'adolescence. 

Plus tard, deux de mes voisins de Moorea, un professeur de mathématiques et un parent d'élèves,  qui possédaient  chacun un avion privé, les seuls stationnés sur l'aérodrome de l'île,  nous proposèrent de nous prendre à bord lorsque nos horaires coïncidaient . La participation aux frais de carburant s'avérait plus basse que le montant du ticket de bateau. Un des avions avait trois places, et l'autre  quatre places . On pouvait même soulever la vitre pour aérer la cabine, et poser le bras sur le rebord . Parfois, lorsqu'un long courrier était annoncé à l'aéroport international de Tahiti, nous faisions de grands tours jusqu'au dessus des montagnes de Tahiti, ou jusqu'à l'atoll de Tetiaroa.

 Ma méditation était intérieurement quasi-constante, alternant le vide mental et la visualisation de 27 couleurs du Phénix, avec les vertus correspondantes, selon l'enseignement que Franz Bardon en donne dans "The key of the true Quaballah" (éditeur : Dieter Ruggeberg à Wuppertal).

 Dans mes discussions avec les frères Louis et Alain, je suggérais que soit créé un atelier Théâtre dans le cadre de mes heures de cours. La loi rendant possible cette création avait été votée en 1983 à l'Assemblée Nationale, et il y avait à l'époque seulement une demi-douzaine de Lycées français  qui  bénéficiaient de cours de théâtre. Le syndicaliste Vladimir Pitoeff ,dont j'avais connu un peu le frère à Pondichéry, et dont la famille s'était illustrée dans le théâtre à Paris,  avait épousé une marquisienne de Tahuata . Il m'aida à monter un dossier qui fut soutenu par les frères de Ploërmel , l'inspecteur de français, et les parents d'élèves. Bientôt j'eus à animer des cours de théâtre (photo 41) pour les classes de seconde, première et terminale, y compris des cours pour l'option théâtre au baccalauréat.

*

Au fil des quinze ans où j'allais travailler dans ce Lycée, je montais  des pièces de théâtre au programme du baccalauréat ,comme Amphytrion (Molière), Rhinocéros (Ionesco), Les acteurs de bonne foi (Marivaux), ou encore des pièces de Tardieu et Arlequin poli par l'amour (Marivaux). Mais ce qui m'intéressait avant tout c'était de mettre en scène le Théâtre des oiseaux de Paradis, ce que je fis continûment, baptisant "3ème millénaire" notre groupe , quoique nous fussions encore à la fin du XXème siècle. Mais Jésus n'est-il pas né bien avant l'an 1, puisqu' Hérode décéda bien avant  ?


avec Nimozette , 2009

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WELCOME -Video d' accueil

Nim and Dom dance in 2009
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opus 320 : TE TINO I ROTO TE MARAMARAMA

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D.O.TRON, opus 260 : Te mau tita one no te rai mai

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opus 109 : te ori o te hoera'a

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opus 248 : te ara

TECLAR SOBRE "PEINTURES"

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opus 93 :te pu i u'ufau

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opus 106 : te opani hope

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opus 140 : tatauhia i roto

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opus 148 : te farereira'a i Atiha

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opus 311 : te are ninamu

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tron.dominique@gmail.com

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1974 :Baris in Batuan,Bali by D.O.TRON

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1982 : Panji Gambuh in Batuan, Bali, by D.O.TRON

 

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Demang : comic dance by D.O.TRON in Pedungan, Bali

 

HOW TO BECOME A PARADISE BIRD

 

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livre disponible sur Internet , taper les mots du titre pour trouver le libraire. Sur la couverture Dominique Tron en 1966 photographié par Alain Sabatier à Grasse.

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1997 :rehearsal with my students in Tahiti. Behind Namata, I have in the hand a flute I have made ith Maharepa mountain reed.

 

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Sylvie and Samantha . Watch them in the Key 7

 

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opus 14 : 'a faari'i te pupura'a o te meho nui ha'atupu'a .At the bottom of a desert canyon, in Bali, I heard the call of the Paradise Bird. 

D.O. TRON -opus 52b 

Opus 52 : Atatia Anoanomarie (= the wise counsellor for Justice is coming) Later ,The Paradise Bird put me in contact with Sri Agastyar. One day , i listened his voice and he started to guide me.

D.O. TRON -opus 304b-te mau huero piru

D.O.TRON : opus 304

D.O. TRON - opus 167

D.O. TRON, opus 167 : porte arrière de l'atelier à Tiahura

D.O. TRON - opus 166 - te fare pe

D.O. TRON, opus 166 : Te fare pe o te oaoa (la maison déglinguée de la joie) 

D.O. TRON - opus 169 -Maria peata

 

D.O. TRON - opus 263d -te huero o te ao,c

 

D.O. TRON -opus 339

 

D. O . TRON - opus 100b -te hoa o te u

 

D.O. TRON - opus 145 -,te rerera'a

 

D.O. TRON -opus 327

     ABOVE : opus 169 : Maria Peata (Sainte Marie ), then  opus 26 : te huero o te ao (l'oeuf du monde , the seed of the world), then opus 339 : te ora i roto te ofa'i ( The stone coming to life) , then opus 100 : Te hoa o te u (l'ami de la couleur), then opus 145 : te rerera'a (l'envol), then opus 327 (la Mère et l'enfant)

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" - je serai ça pour toi. Et je te ferai tourner comme un ventilateur neuf"

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Nim le 20 juillet 2010

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Dominique in the Baris dance, Batuan temple 1974

SaralaEclairci

1976 in India: Serenity School . Thandhirayankuppam. Tamil Nadu

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1983 in Bali, Pedungan. I Gede Geruh dancing Mata, Dominique playing suling gambuh

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X harp made by Denis Brevet and panflute made by Popescu

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Carving made by Toni Marin

D.O. TRON - opus 292-te tere o to'u mau ivi,f

D.O. TRON - opus 292 : te tere o to'u mau ivi (le voyage de mes os ) :

Pour la plupart de mes contemporains je ne suis qu'un gibier,

un semblant d'existence qui se heurte à chaque carrefour à des chasses gardées

et là il manque toujours un permis même pour respirer !

 

Je me croyais riche, car abondamment pourvu d'amour et de savoirs

Mais mes revenus n'atteignaient nulle part le taux de l'innocence institutionnelle

mes efforts étaient livrés aux rapaces qui partout bénéficiaient de visas ...

Il fallait qu'ils me traquent en plus afin de briser l'écho de mon chant

jusqu'à ce que seule l'invisibilité me fasse m'évader de leur labyrinthe.

 

Les bouchers passaient haut la main toutes les frontières

comme si les antilopes et les lamantins n' étaient venus au monde

que pour leurs containers réfrigérés

Heureusement le Théâtre du Phénix m'enseigna à naviguer sur plusieurs plans de l'existence

dans le silence j'entendais son chant se graver dans ma gorge

pour que je trouve absurde de  baisser les bras

et pour que j'apprenne à m'envoler de toute mon âme dans le soleil ....

Un de ses rayons a tracé la voie de mon nid dans les collines d'ébene et de lait de la chair parfumée de Nimozette.

 

Certes, s'ils pouvaient nous repérer

les coordinateurs généraux nous assiègeaient

les petits bandits nous guettaient eux aussi, 

déguisés les fascismes tribaux et cravatés avait un droit coutumier sur nous,

soi-disant ...

Nous étions l'obsession de  leur festin cannibale

car ils ne savaient recevoir l'offrande Divine d'Amour dans la quête de l'équilibre

alors ils convoitaient la chance et oubliaient la modération

Plus d'une fois je m'éveillais sur leur gril , ils nous apprêtaient avec leurs sauces.

 

Oui, leurs pièges sont puissants en cette préhistoire

Et leurs fantômes se réduisent à leurs ombres mornes passagères,

Car leurs chairs ne sont pas habités par la lumière

 

Alors si mes os capturés brûlent un jour comme ceux du gibier

qu'ils se consument jusqu'à n'être que ces rayons  du temple de l'Univers

Que ces piliers chantant pour te joindre, lecteur, au choeur des transparents célestes.

 

Déjà,  ouvert attentif au silence des vertus et ne parlant pas pour ne rien dire

sur cette Terre nous pouvons percevoir et apprendre de l'Eternité ....

Les enfants et les vieillards sincères y trouveront le levain de l'espérance

celui transmis jusqu'à ces temps par les mutants rescapés de l'Hstoire Prédatrice

cruxifiés par les bêtes rebelles à la logique de l'Amour Divin ...

Elles se déguisent de toutes les idéologies mais s'éteignent par leur propre mensonge

tandis que se transmettent les rêves d'évolution, la chanson internationale du partage .

 

J'ai tenté de déjouer les pièges par le théâtre approprié et c'est encore

un travail constant, récompensé d'un côté par l'aimante inspiration supramentale de la Conscience Cosmique

et de l'autre côté sanctionné par l'indifférence , la moquerie et l'opprobe

mais quel bonheur de  distribuer tant de fruits aux quelques fleurs miraculeuses de gratitude

en dépit du temps arrogant des spéculateurs qui empoisonnent les fontaines de jouvence.

 

Giflé sur cette Terre par les tenants du snobisme , de la mesquinerie et de la raison d'Etat

Rançonné par les voyous des bas et hauts quartiers de l'apartheid planétaire

Je me suis heurté  aux murs aveugles  mais j'ai tenté de les sculpter  pour qu'ils soient habitables

tel Pygmalion truvant la vie de  Galatée au fil de sa caresse volontaire,

ou tel Jayadeva immergé dans la prière du berger 

Jusqu'à l'offrande de Padmavati, possible seulement par la consécration 

 

J'offrais la clé de cet Eden reçu au profond de mon coeur

mais rares furent les âmes qui trouvèrent que c'était un précieux cadeau

néammoins un jour que je parlais de cette conscience joyeuse

où il est question de construire nos souffles dans les vertus mises en pratique jusqu'à l'envol

et où toute langue perd son sens sans relais ni interlocuteur

Nimozette m'a dit "Je serai cela pour toi    

Et je te ferai tourner comme un ventilateur neuf !"

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