mémoires d'un citoyen du monde - 07 (Téahitoutaï, et Terre)

CHAPITRE VI

LE GROUPE TROISIEME MILLENAIRE ET LE THEATRE CATALYTIQUE DES OISEAUX DE PARADIS
suite : la planète Téahitoutaï
*

 Un matin Nanihi , apercevant dans le lagon des requins aux ailerons d'argent, demande à Oriata de les prendre en chasse ,et de lui rapporter les précieux trophées. Mais alors qu'Oriata s'est aventuré à les poursuivre sur sa pirogue, un cyclone se déchaîne et emporte Nanihi . Oriata fait naufrage et , accroché à un bout de bois, parvient à revenir sur le rivage lorsque la tempête s'est apaisée. Il découvre que le jardin et la hutte sont dévastés et que Nanihi a disparu. Il erre en vain à sa recherche, puis appelle l'Oiseau du paradis à l'aide. Hamsadéa  lui apparaît et lui  révèle que Nanihi est désormais prisonnière sur la planète Avidya. C'est Lasem, le premier ministre de cette planète, qui par sa magie , a provoqué l'illusion des ailerons d'argent et déchaîné le tourbillon qui a emporté Nanihi, qu'il espionnait depuis longtemps, avec concupiscence, sur l'écran de son ordinateur.

(Dans le Ramayana , le démon Rawana  prend l'apparence d'une biche aux cornes d'or pour éloigner Rama, puis d'un sannyasin - d'un moine errant - pour approcher Sita et l'enlever. On a là deux symboles, l'un de la convoitise individuelle qui menace l'harmonie, et l'autre de la manipulation intellectuelle. Ce sont bien deux maux très actuels . Lorsque je vivais dans le pays tamil, les deux partis principaux se réclamaient de l'idéologue Annamalaï, explicitement athée, mais dans le contexte de la religiosité hindoue, ses partisans allaient même jusqu'à organiser des Rawana-Lila, c'est à dire des célébrations de ce personnage sacralisé sous les traits d'un résistant antique à la colonisation aryenne de Rama. Attirée par le superflu, Nanihi perd le contentement de l'harmonie, et Oriata tombe dans le piège de l'amour aveugle, qui est idolâtrie de la femme. Ils sont d'autant plus vulnérables aux faux pas qu'ils se sentaient inaccessibles aux risques de séparation et de ruine.)

Hamsadéa dit à Oriata qu'il a été suivi par un pilote de la planète Avidya  . Celui-ci , Maltor, s'est posé dans une clairière de l'île Aétoéraw. Hamsadéa suggère à Oriata  de s'embarquer avec ce pilote jusqu'au palais de Téahitoutaï, sur Avidya,  où Nanihi est prisonnière. Oriata part à la rencontre de Maltor, le pilote, et se fait passer pour un touriste. Maltor l'accepte dans son engin spatial. Arrivé à Avidya, Maltor vend Oriata comme esclave à son empereur, Otéotéo. Oriata se réjouit, car il est jardinier dans le palais du gouvernement, près de Nanihi qui y est prisonnière. Oriata se cache derrière un buisson pour observer le rituel de guerre psychologique orchestré par Lasem , auquel participent Demang, le ministre de l'Education et de la Culture, et Toumenggoung, le ministre de la guerre. Arrive Otéotéo, l'empereur d'Avidya, qui s'entretient avec Lasem, son premier ministre, et Potet, un  pilote kamikaze .




( La gestuelle de Maltor, inspirée à l'origine par la danse des clowns balinais, pouvait être improvisée par mes élèves avec beaucoup d'humour. L'un d'eux par exemple déboula sans prévenir sur la scène avec ses lunettes noires ,son casque de scooter, et un bâton dérisoire. L'humour, il est vrai, est chose relative . Que ce soit en visionnant le film Germinal en français, ou une pièce de Shakespeare jouée en reo maohi, le public tahitien était prompt à rire de ce qui ailleurs aurait paru épouvantablement dramatique. J'observais la même réaction chez Soleïman , lorsque m'étant arrêté sur la route pour manger avec lui, sur son invitation pressante, je me cassais une dent sur un caillou qui était là par erreur.

La chorégraphie où Lasem confère avec ses ministres  est , de préférence, une réplique exacte de la scène avec Demang et Tummengung, dans le Gambuh Batuan (qui a conservé le jeu scénique bogor mokossor). Au texte  répétitif en vieux javanais, relevant du comique de situation, j’ai substitué un dialogue en français contemporain, qui  met en scène de façon satirique des manipulations idéologiques de notre époque. Les deux ministres sont , conformément au gambuh, très caricaturaux dans leurs gestuelles et leurs voix, et peuvent faire penser à Don Quichotte avec Sancho Pança, ou  à Laurel avec Hardy. Quant à Oteoteo et Potet, ils dansent selon la chorégraphie du Prabu Gila - roi fou -  et des Potet du Gambuh Pedungan. Lorsqu'on dit que ce roi est fou, ce n'est pas d'une folie douce, ou d'une folie à la Hamlet, mais d'une folie colérique, et on le voit s'exalter dans ses cris traditionnels. Quant à Potet, sa gestuelle est proche de celle d'une marionnette . Le roi fou , qui édicte, bien sûr, les normes de sagesse du haut de sa "fureur sacrée", sait être démagogue - "appelle moi camarade" - mais ne transige pas sur ce qui lui parait raisonnable. Par exemple, lorsqu'il demande à Potet de manoeuvrer à droite, ou en arrière, ce dernier va évidemment à gauche et  en avant du regard égocentré du roi , qui le corrige. Le roi se moque de son adorateur sans que celui-ci s'en aperçoive. Lorsque Lasem évoque les 4O millions de volontaires prêts à partir à la guerre,la fleur au fusil, il s'agit à peu près du nombre de volontaires que Sukarno avait réussi à lever lors de la confrontation avec la Malaisie.)

Lasem fait venir Nanihi, qui est attachée à un arbre, et il lui fait sa cour en vain. Selon lui, elle n'a qu'un choix : soit l'épouser et régner en sa compagnie sur la planète Santochan, sous la protection de l'empereur Otéotéo, soit être sacrifiée sur l'autel de la grande déesse Morjine - en fait la reine des démons. Un tel sacrifice est présenté comme une cérémonie inaugurale de la conquête de l'Univers, et de la planète Santochan pour commencer. Hamsadéa finalement surgit et  terrasse Lasem (photo 40) à l'issue d'un dialogue où il confirme que  Morjine  avait  été la première disciple du Phénix . Hamsadéa précise néammoins que Morjine a mis la connaissance qu'elle en a reçu au service de ses illusions, dont est la prisonnière, d'où sa frustration insatiable. Lasem avant d 'expirer au combat crie à Hamsadéa : "Je veux comprendre !".



(Sur le plan chorégraphique, ces scènes , dans le spectacle de l'Eden duo de 1983, étaient  d'abord des reprises masquées  d' épisodes du legong, danse balinaise créée au XIXème siècle , où Lasem fait sa cour à Langkesari qu'il a enlevée. Etrangement, dans le legong ,contrairement au gambuh, Lasem est finalement vainqueur de l'oiseau Garuda qui venait délivrer Langkesari. . Malgré sa puissance, Lasem rêve d'innocence . Mais ayant perdu  la grâce de l'innocence, il  cherche instinctivement à apprivoiser Nanihi par la force. "Les hommes interprètent le sens des mots à leurs façons, voilà pourquoi j'apparais sous tant de formes diverses" réplique l'oiseau à Lasem, qui , par habitude de ne respecter que la force, ne prend au sérieux ce qu'il dit que lorsqu'il est blessé, souffrant)

Hamsadea demande  à Oriata et Nanihi de lancer avec les paumes de leurs mains des rayons de vie sur le corps de Lasem pour le ranimer. Celui-ci s'éveille alors , soulagé d'un cauchemar. Il a d'abord rêvé qu' il était un jeune étudiant qui avait rejoint dans la forêt l'immortel Sobrial, afin d'étudier les lois de l'univers . Malgré les conseils de patience et de vigilance de son maître transparent, il avait  voulu exercer sa magie sur une danseuse céleste, pour la posséder. Mais il s'était trouvé automatiquement transformé en un petit cafard, symbole de son immaturité et de son ignorance. Et là il s'était mis à appeler Sobrial au secours. Alors celui-ci s'était approché et apparemment allait l'écraser avec son pied, pour le délivrer. C'est à ce point de son rêve que Lasem avait appelé "au secours", et s'était éveillé. Par ce cauchemar, Lasem a compris que sa puissance , sa richesse et sa gloire sur Avidya  étaient des mirages pour se distraire de la souffrance de la séparation, et il demande à mourir pour renaître sous la forme d'un enfant confié à Oriata et Nanihi. Hamsadea demande aux amants de lancer sur Lasem les mêmes rayons , pour l'aider à s'évader de sa carapace karmique.

( Le personnage du rishi, voyant et yogui ,dans la mythologie de l'Inde, ou de l'Immortel  en Chine est analogue à celui de Sobrial ,l' homme bleu comme le ciel , dont le nom suggère la frugalité sans laquelle la conscience se brouille. Les plans de la conscience sont nombreux, y compris dans le rêve. Nous pouvons cultiver un état paradoxal de sommeil éveillé et ainsi une veille plus clairvoyante, afin de nous soustraire aux conditionnements sensoriels qui hypnotisent notre mental. Lasem, dans son rêve, prolonge le dernier désir qu'il avait exprimé : vouloir comprendre.

Les maîtres immortels ont réalisé l'Union au rayonnement Divin, d'où leur don d'ubiquité. Leur existence en tant qu'égos est abolie , aussi les organes des sens, trop externalisés,  ont du mal à les percevoir . Les immortels apparaissent comme fruits de l'imagination, comme nos corps sont fruits de l'incarnation. Néammoins, le rayonnement Divin, qui est l'unique réalité éternelle, continue à faire signifier les formes de ces sages réalisés en Lui, dans le langage des formes et des mots susceptibles d'être compris par les êtres humains en quête d'évolution. Le chaos des rêves commence à s'ordonner en présence des Immortels, lorsque ceux-ci sont invités, et que l'on  a créé des ambiances inspirées de leurs vertus, par la méditation des couleurs , le vide intérieur et l'art qui sait être le prolongement de cette dialectique.

Ces Immortels, quoiqu' habillés par l'imagination,  apparaissent  avec l’alternance du vide mental et de la méditation créatrice ,de plus en plus présents, comme preuve vivante du plan Divin, ou mahamaya, tandis que les circonstances de la vie mortelle apparaissent de plus en plus symboliques, comme des signes significatifs de la maya séparée, celle des égos. La finalité de la vie incarnée est l'étude perpétuelle. C'est par ce processus qu'elle devient outil conscient et libre de la mahamaya, ce qui peut déboucher sur la transmutation des souffles humains en un corps de Lumière, à la façon dont la chenille devient papillon. A moins que ce soit l'extinction totale qui soit désirée. Mais  de toutes façons tout se crée, tout se transforme et l'univers subsiste : il a une présence qu'aucune mort ne peut abolir, et dont la Conscience est  vérité, réalité, félicité (Sat-Chit-Ananda). L'être humain, à l'estomac et à l'égo autonomes, ne consent pas à ce que les différences qui le constituent ne soient que l'occasion d'être un outil pour un rayonnement qui le dépasse et qu'il perçoit mal. Lorsqu'il s'ouvre à ce rayonnement, il est tenté de le détourner pour accroître le pouvoir de l'image qu'il a de lui-même. La magie sacrificielle du Christ ou Krishna lui parait au mieux une belle musique idéale, mais tant que le karma est accordé à la quête de la puissance , de la richesse, de la gloire, il ne peut utiliser les dons  du Rayonnement Divin dans le sens de la libération, et devient prisonnier de leurs reflets dans le monde limité de l'incarnation, où la frustration n'est jamais durablement rassasiée.

Il est certes concevable que Lasem étudie d'abord dans une perspective magique, car c'est l'intensité de ses désirs anciens qui va l'aider à construire ses vertus futures, et même si la patience n'exauce pas ses souhaits, elle trace un accès à la conscience d' Eternité. Par ailleurs le détachement , la distanciation accroît le pouvoir que l'on a sur le monde manifesté, en  éclairant notre discernement . Le péril est alors de faire usage de nos nouveaux pouvoirs afin de satisfaire les désirs de l'ancien karma. En général , dans notre tentative d'imiter Dieu sans reddition , nous voulons sa Lumière et son contraire, l'union et la séparation, et nous les obtenons. Néammoins, nos tentations peuvent provoquer une rupture de l'équilibre d'union à la Conscience Divine, sans même que nous le percevions,  lorsque nous continuons à la combiner aux désirs aveuglants qui nous en séparent. Nous nous retrouvons alors comme Lasem dans la peau du popoti (cafard) . Car sur le plan de la maya humaine matérialiste et de la compétition des égos, nous ne sommes rien pour nos semblables. S'ils deviennent nos prochains, c'est lorsque nous reconnaissons l'unité  possible, perdue ou actualisée de l'humanité avec la Conscience cosmique.

Il nous est si difficile de renoncer à notre identité coutumière, à notre "moi" mortel que les accès à notre corps de lumière ne sont que furtifs, jusqu'au jour où la prise de conscience , par ses oeuvres , nous fait progresser  sur l'arbre de la connaissance. Arrivés au sommet, nous découvrons que l'oiseau dont  le chant nous aimantait, portant la saveur d'une félicité immortelle, cet oiseau est l'âme du monde, notre âme (65). A défaut de cette âme du monde, la création perd son existence exactement comme une plante sans soleil. On peut nous couper bras et jambes et survivre. Mais si le soleil s'éteint, nos corps s'éteignent. La source de notre vie est ainsi dans le coeur du soleil. Et la conscience Divine est la source de l'atome-soleil.)

Pour quitter la planète Avidya, l'oiseau du Paradis transforme Oriata et Nanihi en deux minuscules gouttes de rosée qu’il place dans la prunelle de ses yeux, avant de s'envoler. Les gardes du palais de Téahitoutaï trouvent le corps de Lasem , l'empaillent pour l'adorer dans le mausolée des martyrs de Morjine. Hamsadéa dépose Oriata et Nanihi sur la planète Abalyon, ou Rotahira'a. Il leur confie une enfant, Hoani, porteuse de l'âme purifiée de Lasem. Elle apprend à régner parmi les lions , à rayonner la paix, et reçoit du Phénix une mission : s'envoler vers la Terre, et  inviter l'humanité à l'accompagner dans sa quête du Graal, jusqu'à la conscience de félicité qui se répand depuis le coeur du Soleil, pour la faire évoluer.

(S'enfuir par le ciel... Il est des difficultés dans l'incarnation qui sont insolubles parce que liées à sa nature même. La chenille ne peut pas voler sans passer par le stade du cocon."Je n'eus jamais que le pouvoir de me nourrir des illusions de mon peuple, afin de fortifier mes propres illusions" avait compris Lasem. Une fois convaincu de la règle du jeu du chemin de la félicité perenne, même les démons s'y convertissent, puisqu'au fond, leurs addictions étaient le fruit de l'ignorance et ne les rassasiaient jamais. Le problème est la permanence des habitudes, qui ont leur propre narcissisme, à l'état de sédiment karmique.

 Il faut donc une éducation, car il faut apprendre "à régner parmi les lions, à guider les lions jusqu'aux étangs paisibles", c'est à dire à dompter l'animalité de nos caractères, voire les manoeuvres de l'égo d'autrui, ou de la coalition des égos  - des égrégores communautaires. Dans les programmes français actuels de l'éducation littéraire et philosophique, je vois peu de suggestions pratiques qui aillent dans ce sens, à part le texte de Montesquieu sur la séparation des pouvoirs exécutif , législatif et judiciaire .

 Pour ce qui est de l'ascèse intérieure elle prend généralement l'allure d'une souffrance, d'un dérèglement de tous les sens ou d'un quiétisme, alors qu'elle a besoin d'une méthode, et d'explications rationnelles. Les idéologies et les religions  fournissent des réponses fantasmatiques  aux problèmes  que se posent les humains sur le sens de leur existence . Le métissage des religions n'est concevable que par une approche laïque (possible même dans des institutions religieuses), parce que celle-ci relativise la valeur des mots.

La quête du Graal symbolise fortement  la sadhana yoguique. Les contes  mettant en scène Merlin, les chevaliers de la table ronde et la quête du Graal  ont été écrits dans les langues anciennes de France et d'Angleterre, que l'absurde et familiale guerre d'indépendance de cent ans a cruellement séparé, ce qui conduisit les souverains de Londres à renoncer à la langue française. La quête du Graal est celle de l'unité, mais la confusion des égos pousse les consciences à s'attacher à de faux Graals, qui  sont sources de discorde.

Comment accéder à la réalité, la vérité, la félicité ... tel est en théorie le programme de toute éducation. Si   l'argent, la gloire, le sexe sont sacralisés par les mortels, c'est qu'on attend d'eux une félicité durable. Mais ils ne procurent que des plaisirs éphémères, à moins qu’argent, pouvoir et sexe soient seulement des outils de l'amour et de l'étude. Mais comme il semble difficile de  distinguer les faux témoignages des témoignages véridiques ! Tant de héros historiques et culturels ont été sublimés en dépit d'actions douteuses... Ceux-ci  savaient que les gagnants sur le champ de bataille matériel peuvent négocier leur béatification, lorsqu'elle n'est pas automatique.

En fait bien des égos ont couru après l'immortalité autrement que par une obsession christique de la justice . Ils se sont fourvoyés dans des inquisitions et l'esclavagisme, mais ont de leur vivant dressé des stèles à leur image : c'est cela qu'on appelle "l'immortalité" dans le monde de l'ignorance, sur la planète Avidya. L'être humain qui finit par comprendre les règles de ce théâtre d'illusion, peut, en dépit de son karma, et pour le brûler , entreprendre de se transformer, par l'étude et le partage des connaissances, par la pratique sur soi-même .

 A ce jour, je n'ai pas mis en scène au théâtre l'épisode sur la planète Abalyon, ou Rotahira'a (ce qui signifie "synchronisation), mais dans la bande dessinée "L'offrande des oiseaux de Paradis". Dans les spectacles, ce séjour est seulement évoqué - et lorsque les personnages racontent un souvenir ou un rêve, il est simultanément joué sur scène. En fait, la relation pédagogique, la communication avec les élèves, c'est cela la planète de la synchronisation, où sont domptés les lions du caractère .J'ai toujours orienté ma créativité vers le perfectionnement d'une thérapeutique théâtrale . Je conçois les arts comme ayant les mêmes objectifs que les sciences . Il ne s'agit pas d'encombrer à l'infini les rayons de la société de consommation de produits culturels narcissiques, mais d'améliorer l'efficacité d'une médecine, d' affiner son langage, non pour éblouir en priorité un public, mais pour éveiller la conscience des acteurs et actrices.)


Hoani s'embarque sur un vaisseau spatial (photo 38) qui se pose dans un jardin chargé de fruits, sur une île de l'Océan Pacifique où les délégués de tous les continents se sont réunis pour négocier une paix perpétuelle, un contrat social de prospérité et de partage pour toute l'humanité et l'autonomie de chaque individu, ainsi que des mesures éducatives appropriées pour adapter la démographie à l'abondance de la nature fertile. Mais Océania , America, Asia, Antartica, Africa et Europa, les enfants de l'arc-en-ciel,  sont encore sous l'hypnose de leurs narcissismes  identitaires . Hoani raconte le rêve où le Phénix lui a confié sa mission (photo 37). L'oiseau du Paradis explique que pour accéder à la nouvelle étape de l'évolution, où l'agressivité sera transmutée en créativité , il faut que chaque individu , chaque communauté cessent de s'identifier à son karma individuel ou collectif. Hoani  propose aux enfants de l'arc-en-ciel de l'accompagner sur son vaisseau spatial jusqu'à un désert , afin de se préparer. Mais les enfants de l'arc-en-ciel répondent qu'ils ne sont pas prêts.



(A Tahiti, nous nous entraînions dans un jardin de manguiers et de pamplemoussiers. Aussi ce lieu était désigné comme le lieu d'atterrissage de l'engin spatial d'Hoani. Si le théâtre des oiseaux de Paradis est mis en scène dans un jardin de cerisiers, il est possible de le désigner de même comme le lieu d'atterrissage d'Hoani. Hoani peut être un homme, ou une femme, selon  ce qui est possible avec les acteurs disponibles, et de même les délégués des  continents.

Les enfants de l'arc-en-ciel peuvent se mouvoir avec des dynamiques issues des danses tahitiennes, européennes, asiatiques, africaines et autres , en particulier avec des gestuelles venues des arts martiaux, mais avec de longues pauses ou ralentissements  . Le jeu de l'acteur est d'abord intériorisé autour du souffle . Il s'agit de théâtre, avec un quotidien métissé dans la gestuelle. Il n'y a pas de caricature de chaque personnage en rapport avec des danses de son pays. Il y a un mouvement d'ensemble, où chacun est attentif à l'autre.

Lorsqu' Hoani évoque sa rencontre avec l'Oiseau de Paradis, sur la planète Abalyon, celle-ci est mise en scène devant les enfants de l'arc-en-ciel, qui l'observent comme au théâtre. Hoani arrive en dansant des tours de Kathak, des développés de ballet moderne, puis lorsqu'elle parle, elle adopte la marche de la Putri dans le gambuh . Hoani domine les autres personnages par sa gestuelle, par une danse plus lente, plus ample, plus constante, alors que les délégué(e)s des continents alternent mouvement et immobilité tout au long de l'acte. Il semblerait logique que les enfants de l'arc-en-ciel, qui ne se sentent  "pas prêts" saisissent l'occasion d'aller se préparer avec Hoani , notamment par une retraite. Mais même convaincus, tant d'êtres humains sont velléitaires, leurs convictions étant surtout ostentatoires, et juxtaposées à des affinités contradictoires.)



Hoani part seule. Les délégué(e)s des continents, en l'attendant, prennent de bonnes résolutions. Ils s'engagent à soulager la souffrance de toutes les créatures. Or sur l'îlôt vient d'échouer un canot sur lequel se trouve une  adolescente et un rocher auquel elle est enchaînée. Les enfants de l'arc-en-ciel ,  ont pitié d'elle. Ils la délivrent à l’aide d’ un faisceau de rayons lancés par leurs paumes tendues. Mais à peine libérée de ses chaînes, l' adolescente dévoile son vrai visage, celui de Morjine. Sa forme et sa face sont maintenant énormes et ses doigts lancent des éclairs qui incendient les arbres. Lorsque les enfants de l'arc-en-ciel se ruent sur elle avec des armes pour la neutraliser, ils sont catapultés dans les airs et à tous les coins de l'îlot. Finalement ils se soumettent, et Morjine appelle son serviteur , Tchoupak, un gamin glouton, afin qu'il expose aux yeux des délégués la coupe du soi-disant"vrai Graal". Afin d'avoir le droit de boire à cette coupe l'élixir supposé de l'immortalité, les enfants de l'arc-en-ciel doivent montrer qu'ils n'ont pas peur de la mort, et pour cela se battre.



(Lorsque Morjine se tourne et se colle à son rocher de carton pâte, elle fixe sur son visage un masque énorme inspiré de celui de Rangda à Bali, et une fois qu'elle apparait sous ces traits, elle va danser comme on danse Rangda dans le gambuh de Pedungan, comme dansait Pak Geruh dans ce rôle . Du moins ce sont les mêmes gestuelles, les mêmes cris et le même type d'accompagnement que je proposais aux élèves qui jouent le rôle de Morjine, et ils en tiraient ce qu'ils pouvaient.

Un jour, un caméraman  de la télévision, d'origine chinoise, venu filmer une répétition s'exclama  : "mais c'est balinais, ce n'est pas tahitien, ça !" . Johan Piritua, qui fut ces années là le meilleur acteur masculin, s'exclama spontanément : "mais non c'est tahitien !". La guitare n'était pas un instrument tahitien mais elle l'est devenue . La Bible n'était pas une référence tahitienne, mais elle l'est devenue. Quelle culture n'est pas issue de métissages nombreux, dont on a perdu la mémoire à un tel point qu'un académisme intransigeant se charge de veiller sur le conformisme de la néo-tradition ... Pendant que des ethnomusicologues sourcillieux concluent à l'acculturation polynésienne, les néo-missionnaires s'appliquent à l'inculturation.

Mes élèves , à cette époque là, se concevant comme polynésiens -même ceux d'origine chinoise, un tiers des efectifs de mes classes-  auraient-ils dû supposer que le théâtre des oiseaux de Paradis était indien, français, balinais  ? On ne le trouvait qu'à Tahiti. Sans doute ces jeunes réagissaient ainsi parce que dans ce Lycée les élèves découvraient les connaissances scientifiques et la spiritualité dans leur dimension universelle. Des villageois ne jurant que par leur paroisse dans leur vallée auraient spontanément rejeté une légende issue d'une autre île ou d'une autre vallée . Pourtant, quoique clamant pour la plupart ne pas vouloir s'intéresser à la géographie et à l'histoire d'autres pays, diacres et pasteurs autochtones n'entretenaient-ils pas  une identification constante à l'ancien Israël, notamment pour dénoncer le paganisme des mondes romain et francophone ?

Lorsque les enfants de l'arc-en-ciel découvrent la face vampirique de Morjine (dont le nom est inspiré de celui de Morgane, la mère de Mordret), ils l'attaquent et sont repoussés comme par magie. Là la mise en scène est celle de la danse du kriss , telle qu'elle existe encore à Bali, et telle que la pratiquait Ktut Raï Datah, qui m'expliquait tout de même que le danseur contractait le bras pour éviter que l'arme ne s'enfonce dans la poitrine. En 1971 j'avais assisté à un festival  entièrement consacré à des troupes de Barong, avec Rangda et des danseurs de kriss. De petits enfants étaient comme catapultés  en l'air autour du kriss qu'ils tenaient planté dans leur poitrine, et  ils "tombaient" en transe, ainsi que l'acteur jouant Jalon Arang, comme si le théâtre cérémoniel avait réveillé les énergies qu'il évoquait .

Les religions, la politique, la publicité, les errances humaines ne sont-elles pas  des théâtres porteurs de vérité et d'illusion cathartique ou identitaire ? Morjine fait passer l'exaltation associée au combat pour une méthode de délivrance des contingences, qui conduit les combattants à la félicité, au Graal. Et c'est bien là la confusion des fanatismes . Le mot "kamikaze " signifie, étymologiquement "vent Divin", même si le sacrifice se fait pour un ordre social fascisant. Lorsque l’ayatollah Khomeiny faisait placer des enfants en première ligne de la guerre Iran-Irak, afin que ce ne soient pas les chars qui explosent sur les mines, il y avait une mise en scène de cavaliers célestes qui procurait à ces enfants des « preuves  » du paradis qu’on leur avait promis . Morjine se réclame de l'Oiseau de Paradis, dont elle a été la première disciple, pour affirmer qu'il ne faut pas avoir peur de la mort. Mais ce ne sont que des mots. Ce qui importe ,c'est l'orientation de la conscience et des actes. Dans les discours religieux , politiques ou littéraires , il faut distinguer les pistes évolutives des évidences relevant des préjugés, des moeurs. Or les enfants de l'arc-en-ciel n'ont pas ce discernement. Et l'enfer est pavé de bonnes intentions .)

Tchoupak ouvre la porte du rocher de carton-pâte auquel était attachée Morjine . Il distribue des jouets, des bâtons, des mitraillettes et des missiles miniaturisés. A propos de disputes mineures autour d'objets programmés pour se percuter, la guerre générale est déclenchée entre les délégués et entre les continents qu'ils représentent. Morjine s'enivre d'une telle ambiance, en dansant au milieu des combattants , puis elle s'écroule ivre-morte. Tchoupak l'évente. Africa, America , Europa, Oceania, Asia s'exterminent mutuellement . Tchoupak  salue la victoire d'Antartica qui ,confortée par sa « victoire » dans la certitude de sa « sagesse » , obtient de boire à la coupe du faux Graal. Ivre-morte à son tour , elle s'effondre dans les bras de Morjine qui rigole dans son sommeil.



(Tchoupak est également un personnage du théâtre balinais, qui , glouton, zigzague à ras du sol . Ici la mise en scène est explicitement inspirée d'un spectacle du mîme Freddy, mon frère, qui quoiqu'à l'origine mîme blanc muet , mîmait la guerre avec beaucoup de bruits de bouche (à vrai dire, bien avant l'école marseillaise silencieuse de mîme , les mîmes antiques, comme ceux de Lucien de Samosate, étaient parlés) . A lui tout seul, il évoquait d'abord deux enfants  se disputant autour de deux voitures miniatures qu'ils avaient fait se cogner par mégarde, puis venait l'escalade des coups de poings, puis le paroxysme des mitraillettes et des bombes. Ce qui commençait dans une cour de récréation d'enfants s'achevait par un désastre planétaire, et l'excès avec lequel Freddy mîmait tout cela déchaînait des rires inextinguibles, comme si le rire était une parade contre le sentiment de la tragédie, de l'absurdité.  Un élève qui jouait Morjine prolongeait encore les rires en inventant de lui faire secouer son sexe vers le ciel, tandis qu'elle rigolait gisante, à moitié inconsciente, une fois qu'Antartica était tombée dans ses bras )

Hoani revient. Tchoupak n'étant qu'un petit diable, il a peur et se soumet à Hoani, puis va enchaîner de nouveau Morjine, avant de réveiller à coups de pied les enfants de l'arc-en-ciel. Hoani leur annonce qu'une astéroïde gigantesque se dirige vers la terre et pourrait la percuter. Tous tendent leurs mains vers l'astéroïde et leurs pensées vers leurs erreurs. L'astéroïde évite la planète Terre, et à l'horizon, se dresse un arc-en-ciel. Apparaît alors  Sobrial sur son trône de cristal dans la couleur bleue , puis une libellule jaune , et chaque couleur  révèle  un sens , une vibration et une méthode . Les enfants de l'arc-en-ciel entrevoient le processus évolutif , et , en dépit des insinuations  de Morjine enchaînée qui se réveille et tente de dramatiser les énergies pour s'en nourrir, ils affirment l' unité humaine, et l'unité de leur conscience avec celle des étoiles, des forêts, des dauphins , des coraux et des colibris . Enfin un Oiseau de Paradis surgit du soleil, et répand sans interruption toutes les couleurs de la lumière comme autant d'outils sensés pour l'évolution intérieure de chacun.



Je n'ai pas pu vérifier l'information selon laquelle la NASA se prépara une fois à lancer des bombes atomiques sur une astéroïde géante qui menaçait notre planète . J'ignore si ce thème a été développé dans des fictions avant que soit joué le théâtre des oiseaux de Paradis. Le film d’Eric Besson, « le 5ème élément  » est postérieur . J’ai visionné également  une reconstitution  vidéo en 3 dimensions, par  des géologues japonais, des évènements ayant provoqué la naissance de la Lune. Une gigantesque astéroïde percute la Terre. Les deux corps entrent en fusion . Une partie de la lave interne de notre planète enveloppe  le corps étranger de l'astéroïde qui se met ensuite en orbite et , refroidi, devient la lune . Dans le Théâtre des oiseaux de Paradis, cette menace est symbolique . Ce qui menace l'humanité, ce sont ses propres confusions, d'où la nécessité d'étudier dans les écoles les échecs de l'histoire plutôt que de les travestir derrière des célébrations identitaires et nationales . Les erreurs humaines, inquisitions, esclavages, spoliations, génocides ne sont l'apanage d'aucune ethnie en particulier , et  il serait raciste d‘incriminer tous ceux qui ont la couleur de peau des coupables.  Il y a mieux à faire avec l'énergie humaine que de perpétuer des vendettas.

Le théâtre des oiseaux de Paradis, quelles que soient les langues ou les types de mise en scène qu'il connaîtra, veut fortifier un mythe non pas sur les origines, mais sur une façon d'assumer le présent et de préparer l'humanité à une identité future commune. Il faut une sorte de serment préalable entre les peuples pour arriver à ce but. Certes Morjine insinue qu'elle réveillera les nationalismes, et en se nourrissant des émanations du sang versé, qu'elle brisera de nouveau ses chaînes et conduira l'humanité vers le "vrai Graal" - en fait le faux Graal de la prolifération des armes nucléaires  au service des guerres identitaires et "religieuses", et de leurs esclavagismes. Même la coalition des plus grandes armées du monde ne pourrait freiner un déferlement démographique de peuples fanatisés  et appauvris par les conflits.

 Pour éviter un désastre écologique et social de l'humanité, les hommes de connaissance de toutes les origines ethniques peuvent populariser l'idéal de l'unité humaine dans l'éducation, et commencer à réfléchir sur les moyens d'enrayer les conséquences de l'agressivité humaine  lorsqu'elle se distribue dans des blocs ennemis. Déjà de nombreux pays démocratiques ont compris l'intérêt de s'unir . Il ne s'agit pas d'ouvrir les frontières brutalement et sans réciprocité au niveau de l'immigration, mais de concevoir que la négociation progressive d'une fédération mondiale de pays autonomes est le chantier qui peut canaliser les énergies ailleurs que sur les conflits.

Cela a certes déjà commencé . Mais il faut que l'éducation prépare les peuples aux prochaines étapes, par une valorisation constante de l'Unité Humaine et la valorisation des métissages, qu'ils soient ethniques et culturels, autour d'institutions laïques autorisant toutes les spiritualités à participer au débat. Ce débat alors se généraliserait, s'approfondirait, et finirait par supplanter la consommation des feuilletons démagogiques.

C’est parce que la comète est perçue comme un présage de terreur que les enfants de l'arc-en-ciel réalisent l'urgence qu'il y a à sceller leur Unité , afin de mieux cordonner, synchroniser leurs énergies. Le mal que la conscience n'a pu prévenir provoque une souffrance jusqu'à ce que la conscience ait établi le diagnostic correct et les parades adéquates. D'où l'importance d'en finir avec la civilisation planétaire du mensonge, afin que les protagonistes des conflits se mettent à coopérer, sous la pression d'une humanité éprise de Satya , c'est à dire de l'attitude quotidienne consistant à être véridique.

Certes, chaque religion, chaque philosophie revendique le monopole de la vérité . A défaut d'établir un consensus sur le vrai, ce qui serait illusoire, tant les mots peuvent être compris de façon différente, il est à la portée de l'humanité de notre temps d'établir un consensus sur la véridicité des faits, qui fait de grands progrés avec la liberté de l'information et régresse avec le refus de diffusion  de témoignages qui dévaluent les superstitions  des uns et des autres. Nous ne pouvons à la fois magnifier le processus de métissage des sangs et des cultures et sacraliser les narcissismes identitaires qui ne sont généralement que des caricatures stériles de ces cultures , réduites à des chasses gardées, à des simulacres héréditaires , à des faire-valoir ethniques.                 




*

avec Nimozette , 2009

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WELCOME -Video d' accueil

Nim and Dom dance in 2009
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opus 320 : TE TINO I ROTO TE MARAMARAMA

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D.O.TRON, opus 260 : Te mau tita one no te rai mai

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opus 109 : te ori o te hoera'a

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opus 248 : te ara

TECLAR SOBRE "PEINTURES"

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opus 93 :te pu i u'ufau

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opus 106 : te opani hope

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opus 140 : tatauhia i roto

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opus 148 : te farereira'a i Atiha

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opus 311 : te are ninamu

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tron.dominique@gmail.com

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1974 :Baris in Batuan,Bali by D.O.TRON

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1982 : Panji Gambuh in Batuan, Bali, by D.O.TRON

 

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Demang : comic dance by D.O.TRON in Pedungan, Bali

 

HOW TO BECOME A PARADISE BIRD

 

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livre disponible sur Internet , taper les mots du titre pour trouver le libraire. Sur la couverture Dominique Tron en 1966 photographié par Alain Sabatier à Grasse.

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1997 :rehearsal with my students in Tahiti. Behind Namata, I have in the hand a flute I have made ith Maharepa mountain reed.

 

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Sylvie and Samantha . Watch them in the Key 7

 

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opus 14 : 'a faari'i te pupura'a o te meho nui ha'atupu'a .At the bottom of a desert canyon, in Bali, I heard the call of the Paradise Bird. 

D.O. TRON -opus 52b 

Opus 52 : Atatia Anoanomarie (= the wise counsellor for Justice is coming) Later ,The Paradise Bird put me in contact with Sri Agastyar. One day , i listened his voice and he started to guide me.

D.O. TRON -opus 304b-te mau huero piru

D.O.TRON : opus 304

D.O. TRON - opus 167

D.O. TRON, opus 167 : porte arrière de l'atelier à Tiahura

D.O. TRON - opus 166 - te fare pe

D.O. TRON, opus 166 : Te fare pe o te oaoa (la maison déglinguée de la joie) 

D.O. TRON - opus 169 -Maria peata

 

D.O. TRON - opus 263d -te huero o te ao,c

 

D.O. TRON -opus 339

 

D. O . TRON - opus 100b -te hoa o te u

 

D.O. TRON - opus 145 -,te rerera'a

 

D.O. TRON -opus 327

     ABOVE : opus 169 : Maria Peata (Sainte Marie ), then  opus 26 : te huero o te ao (l'oeuf du monde , the seed of the world), then opus 339 : te ora i roto te ofa'i ( The stone coming to life) , then opus 100 : Te hoa o te u (l'ami de la couleur), then opus 145 : te rerera'a (l'envol), then opus 327 (la Mère et l'enfant)

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" - je serai ça pour toi. Et je te ferai tourner comme un ventilateur neuf"

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Nim le 20 juillet 2010

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Dominique in the Baris dance, Batuan temple 1974

SaralaEclairci

1976 in India: Serenity School . Thandhirayankuppam. Tamil Nadu

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1983 in Bali, Pedungan. I Gede Geruh dancing Mata, Dominique playing suling gambuh

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X harp made by Denis Brevet and panflute made by Popescu

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Carving made by Toni Marin

D.O. TRON - opus 292-te tere o to'u mau ivi,f

D.O. TRON - opus 292 : te tere o to'u mau ivi (le voyage de mes os ) :

Pour la plupart de mes contemporains je ne suis qu'un gibier,

un semblant d'existence qui se heurte à chaque carrefour à des chasses gardées

et là il manque toujours un permis même pour respirer !

 

Je me croyais riche, car abondamment pourvu d'amour et de savoirs

Mais mes revenus n'atteignaient nulle part le taux de l'innocence institutionnelle

mes efforts étaient livrés aux rapaces qui partout bénéficiaient de visas ...

Il fallait qu'ils me traquent en plus afin de briser l'écho de mon chant

jusqu'à ce que seule l'invisibilité me fasse m'évader de leur labyrinthe.

 

Les bouchers passaient haut la main toutes les frontières

comme si les antilopes et les lamantins n' étaient venus au monde

que pour leurs containers réfrigérés

Heureusement le Théâtre du Phénix m'enseigna à naviguer sur plusieurs plans de l'existence

dans le silence j'entendais son chant se graver dans ma gorge

pour que je trouve absurde de  baisser les bras

et pour que j'apprenne à m'envoler de toute mon âme dans le soleil ....

Un de ses rayons a tracé la voie de mon nid dans les collines d'ébene et de lait de la chair parfumée de Nimozette.

 

Certes, s'ils pouvaient nous repérer

les coordinateurs généraux nous assiègeaient

les petits bandits nous guettaient eux aussi, 

déguisés les fascismes tribaux et cravatés avait un droit coutumier sur nous,

soi-disant ...

Nous étions l'obsession de  leur festin cannibale

car ils ne savaient recevoir l'offrande Divine d'Amour dans la quête de l'équilibre

alors ils convoitaient la chance et oubliaient la modération

Plus d'une fois je m'éveillais sur leur gril , ils nous apprêtaient avec leurs sauces.

 

Oui, leurs pièges sont puissants en cette préhistoire

Et leurs fantômes se réduisent à leurs ombres mornes passagères,

Car leurs chairs ne sont pas habités par la lumière

 

Alors si mes os capturés brûlent un jour comme ceux du gibier

qu'ils se consument jusqu'à n'être que ces rayons  du temple de l'Univers

Que ces piliers chantant pour te joindre, lecteur, au choeur des transparents célestes.

 

Déjà,  ouvert attentif au silence des vertus et ne parlant pas pour ne rien dire

sur cette Terre nous pouvons percevoir et apprendre de l'Eternité ....

Les enfants et les vieillards sincères y trouveront le levain de l'espérance

celui transmis jusqu'à ces temps par les mutants rescapés de l'Hstoire Prédatrice

cruxifiés par les bêtes rebelles à la logique de l'Amour Divin ...

Elles se déguisent de toutes les idéologies mais s'éteignent par leur propre mensonge

tandis que se transmettent les rêves d'évolution, la chanson internationale du partage .

 

J'ai tenté de déjouer les pièges par le théâtre approprié et c'est encore

un travail constant, récompensé d'un côté par l'aimante inspiration supramentale de la Conscience Cosmique

et de l'autre côté sanctionné par l'indifférence , la moquerie et l'opprobe

mais quel bonheur de  distribuer tant de fruits aux quelques fleurs miraculeuses de gratitude

en dépit du temps arrogant des spéculateurs qui empoisonnent les fontaines de jouvence.

 

Giflé sur cette Terre par les tenants du snobisme , de la mesquinerie et de la raison d'Etat

Rançonné par les voyous des bas et hauts quartiers de l'apartheid planétaire

Je me suis heurté  aux murs aveugles  mais j'ai tenté de les sculpter  pour qu'ils soient habitables

tel Pygmalion truvant la vie de  Galatée au fil de sa caresse volontaire,

ou tel Jayadeva immergé dans la prière du berger 

Jusqu'à l'offrande de Padmavati, possible seulement par la consécration 

 

J'offrais la clé de cet Eden reçu au profond de mon coeur

mais rares furent les âmes qui trouvèrent que c'était un précieux cadeau

néammoins un jour que je parlais de cette conscience joyeuse

où il est question de construire nos souffles dans les vertus mises en pratique jusqu'à l'envol

et où toute langue perd son sens sans relais ni interlocuteur

Nimozette m'a dit "Je serai cela pour toi    

Et je te ferai tourner comme un ventilateur neuf !"

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