mémoires d'un citoyen du monde - 12 (Moorea, Huahine,Cameroun)

CHAPITRE XII
Haapiti (Moorea), To'erauroa (Huahine), Maatea (Moorea)


*
Non loin de ma cabane, mes propriétaires disposaient  d’ une "salle des fêtes", sur pilotis au dessus du lagon. Le 16 août 2003, le soir, il y eut là le bal de l'association des piroguiers de Moorea . Un bal tahitien, c'est à dire avec des valses et des foxs tahitiens, des danses de couple sur des chansons tahitiennes, sur la musique d’ un orchestre kaina. Je m'y rendis , sans compter y rester, car les portes ou les fenêtres des cabanes étaient souvent défoncées par des voleurs durant les bals . Je m'assis juste un peu pour regarder les danseurs évoluer, en songeant que bientôt j'aurai quitté la Polynésie.

Je n'étais pas sûr que ce départ fût la meilleure décision.  Je ne voyais plus d'avenir possible avec Riro, à cause de son caractère et de ce qu'elle m'imposait comme un fait accompli , le partage avec un autre amant . J'imaginais circuler entre l'Inde , l'Indonésie , le Laos , le Cambodge, en fait pour m'adapter aux possibilités de visas , car sinon je me voyais bien installé dans ma maison près de Pondichéry.

Telles étaient mes pensées, alors que j'étais assis sur un tabouret isolé , entre les tables et la piste de danse. C'est alors que Tila s'approcha de moi et m'invita à danser .Elle m'invita à danser, puis à m'asseoir à la table de sa famille. Sa famille était en fait celle du groupe de danse Ava Iti  au sein duquel j'allais m'entraîner une vingtaine d'années auparavant , et  Tila avait fait partie des danseuses qui avaient été écartées comme insuffisamment belles pour les concours ou les scènes touristiques, dans les hôtels.


Te vahine motu (la femme-île ou la femme des îles), acrylique, vendue

Tila  (de son nom complet Anatila Naumi Teuri ) était une femme de petite taille  de 37 ans  à la peau sombre avec une chevelure crépue rayonnant autour de sa tête (image 69). J'ai déjà mentionné qu'on trouve en Polynésie principalement deux types ethniques originels, le plus souvent métissés entre eux ou avec d'autres ethnies de type caucasien ou mongoloïde . Le type aristocratique de Riro,  grande, blonde, à la peau marron clair , et le type de Tila que l'on trouvait surtout parmi les gens des Tuamotu, ou dans la population paysanne des vallées, le peuple  du "côté montagne".

Tila était une fille du côté montagne.  Elle était si peu familière avec le lagon qu'elle pensait que les étoiles de mer attaquaient  les baigneurs et les mordait. Une danse après l'autre je sentais qu'elle était collée à moi, et lorsqu'elle me proposa d'aller marcher un peu hors de la salle des fêtes, ouverte sur 3 côtés à la brise marine, nous nous embrassâmes et je l'entraînais vers ma cabane  . C'était  le lendemain du jour où le couple qui gardait l'îlôt Moea avait laissé sa place à Laure.

Nous fîmes l'amour presque toute la nuit, et le lendemain, elle partit à son village de Maatea  pour la messe protestante, après quoi elle devait s'occuper des jeunes de son quartier sur leur terrain de sport, où elle animait des jeux de balle. Elle revint en fin d'après midi, et je lui expliquais la situation avec Riro, avec qui j'avais vécu plus de deux ans, et qui avait laissé ses affaires. Je lui proposais de m'aider le lendemain à transporter ces affaires jusqu'à Papeete dans plusieurs valises et sacs, et c'est ce que nous fîmes , très chargés tous les deux.

Nous prîmes le bateau, puis je téléphonais à Riro à sa salle d'animatrice, pour prendre rendez vous devant sa voiture. Elle n'était pas contente du tout, elle disait compter sur moi pour  les week-ends . Je crus comprendre qu'elle aurait aimé perpétuer le romantisme avec moi, et le confort avec l’autre - l’amant (un profeseur de sport d'origine harki, que je connaissais un peu, pour avoir préenté du théâtre à ses classes, ça le soulageait, il allait boire un pot au bar du coin) vivait dans une maison moderne et employait une servante. Mais de toutes façons mon choix était fait et je l'informais de ce que j'étais désormais avec Tila, qui m'attendait un peu plus loin, discrètement.

Tila avait abandonné l'école à l'issue de la classe de cinquième, pour aider sa mère dans ses activités agricoles ,à savoir la culture du taro et la récolte puis le tressage de feuilles de cocotier pour les toitures. Son père -décédé-  avait travaillé aux travaux publics de l'île. Sa cousine et meilleure amie Vainui avait été une de mes élèves, et était désormais la secrétaire du département jeunesse de l'Eglise protestante maohi .

 Vainui était aussi membre du groupe de danse Temaramara  dont une des activités consistait , pendant les vacances,à défricher des terrains sur l'île de Makatea  . L'île était presque complètement à l'abandon depuis l'épuisement des phosphates, et  sa vingtaine d'habitants  demandait un débarquement de la gendarmerie pour maîtriser un oncle qui terrorisait la famille avec un fusil . Au quotidien Tila et Vainui étaient très impliquées dans l'animation  des jeunes de Maatea à Moorea, et Tila encore plus car elle n'avait pas d'autre travail .

Tila, avant de me rencontrer, vivait avec son frère dans la maison  que leur avait laissée leurs parents tôt décédés. Sa mère était morte d'une crise cardiaque en voyant à la télévision  l'attaque indépendantiste de 1995 contre l'aéroport (27b). Cette année là, l'aéroport avait brûlé, puis le centre de Papeete (2b).La maison de Tila était en planches, assez grande, sur des pilotis .

Au milieu ,en haut d'un escalier de quelques marches, il y avait un petit salon avec des fauteuils en rotin et des photos accrochées aux murs, une guitare posée dans un coin . La décoration était celle d’un salon propre et coloré des années 6O à Tahiti,  époque souvent mentionnée en Polynésie comme la Belle époque , notamment lorsqu'on en entonne les chants. Des paréos en guise de rideaux séparaient cette pièce des pièces voisines, mais ces dernières étaient en ruine : sol défoncé, pourri, tôles de la toiture en partie effondrées, avec des lianes qui faisaient leur chemin.

Plus bas se trouvaient deux chambres , une où Tila dormait, et l'autre où dormait son frère Teremu. Séparée de ce bâtiment,  à mi- chemin de la salle d'eau et des toilettes,  était construite, entourée de verdure, une grande salle à manger, ouverte de tous côtés aux courants d'air, avec de longues tables de bon bois, et un coin cuisine . Au fond de cette salle ,près du frigo, Tila avait entassé livres et brochures - exclusivement des publications religieuses.

On y trouvait , outre plusieurs Bibles (la Bible protestante dite Te Parau a te atua, la parole de Dieu, puis un tome de la traduction  en français par Chouraqui de l’Evangile, et la Bible des Témoins de Jéhovah), des numéros de la revue de l'église protestante maohi et des brochures en tahitien de théologiens de cette obédience, et enfin le Livre de Mormon. Presque chacun de ces livres était en plusieurs exemplaires, et traversés de part en part par d'étroites galeries où des insectes voraces avaient cheminé. Exemplaires à la disposition de ceux qui voudraient s'y plonger, mais, quoique la vie de sa paroisse se confondît avec la vie de la famille, selon Tila ces livres n'étaient guère consultés, et même , disait-elle, jetés par son frère dans le ruisseau  lorsqu'il y en avait un tas trop important à son goût.

Tila lisait plusieurs heures par jour les  versets  de la Bible protestante en tahitien , selon ce que suggérait pour chaque jour  un calendrier paroissial. Elle avait aussi un gros carnet de chants qu‘elle avait recopiés à la main.  Elle avait prêté d'autres cahiers de chants mais on les lui avait déclaré perdus.

Le jardin et sa maison de Maatea,( dont le toit fuyait de partout - des récipients étaient posés sur la sol pour recevoir l'eau de pluie - et qui allait s'effondrer totalement quelques années après) étaient le refuge des jeunes du quartier. Ces jeunes très nombreux étaient ceux de  sa famille et  leurs copains et copines . La maison de Tila et de son frère était en fait le point de ralliement d'une section de l'UCJG (union chrétienne des jeunes gens), qui s'intitulait Tarema Hoe (ce qui pourrait se traduire par : "section n°1 des Jérusalémites" - le village ayant d'autres sections)

Tila entraînait ces jeunes à des jeux de balle , et faisait danser les filles dans le groupe de danse de son frère Teremu , qui le jour était employé aux travaux publics. De l'autre côté du chemin se trouvait la maison de Jacob, père de Vainui, fonctionnaire retraité ,diacre et remarié avec Céline , une femme autoritaire qui avait survécu à l'écrasement par un container sur un quai de Papeete .Le père de Tila, Tehei, avait été , de son vivant, un pilier du parti autonomiste Tahoera'a (l'unité) à Moorea, et la plupart des membres de la famille voyait d'un bon oeil la France et les français, tandis que Jacob était favorable au Tavini (le serviteur), indépendantiste.

Trois des soeurs de Tila vivaient avec des européens et en avaient des enfants. Ces mariages propices au métissage ne plaisaient pas à tous les oncles. L'un d'eux ,du temps où il était en vie, fonçait de rage , en voiture, à l'occasion, sur les gendres popa'a, pour les terroriser . Une autre soeur était avec Danilo, un tahitien qui entraînait l'équipe de football du club Temanava (« Salut respectueux« ). Le père de Tila avait eu d'un premier lit d'autres enfants, dont une qui avait été institutrice aux Tuamotu où elle avait épousé un gars d'Apataki. Je ne ferai pas de description exhaustive de la famille de Tila, car , en tous points de Moorea, le nombre de tahitiens qu'elle identifie comme étant de sa famille est impressionnant. Par le jeu des alliances, il faut y compter aussi une famille chinoise à Tahiti, ainsi que la famille de ses beaux-frères en Suisse ou en France.

Autant dire que la famille est une référence omniprésente des tahitiens, surtout à la campagne. D'ailleurs, les premiers propos qu'échangent deux tahitiennes qui ne se connaissent pas, c'est pour savoir s'ils ne seraient pas de lointains parents. Les mormons, qui veulent baptiser toute l'humanité y compris les décédés, tentent d'en dresser les généalogies, et  partagent gratuitement les fruits de leur recherche. Beaucoup de tahitiens ont recours à leurs archives, notamment pour étayer leurs revendications de terres .En fait, il y a rarement des liens de solidarité avec la famille éloignée. Avec la famille rapprochée, qui correspond à un petit quartier, ou avec  les soeurs qui ont suivi leurs compagnons à Tahiti, il y a une solidarité communautaire constante mais qui s'accommode de la part des moins honnêtes de toutes sortes d'abus dénués de  scrupules.

Néammoins même les agissements malhonnêtes étaient vite pardonnés, voire justifiés , tant était forts les réflexes d'appartenance , la conscience collective fusionnelle . Une chrétienne comme Tila n'était pas aveugle  aux accrocs occasionnels  à la moralité, soit qu'ils s’expliquent par une absence de maîtrise du caractère  soit qu'ils soient le fruit de calculs cyniques  , mais elle ne les analysait pas. Elle considérait l'unanimisme chrétien comme la seule réponse à ces débordements . Hélas l'assurance perpétuelle du pardon incitait à la récidive chronique. La paroisse dans les villages protestants de Polynésie est comme un Etat dans l'Etat . Les diacres définissent les obligations de chacun, qu'il s'agisse des travaux bénévoles confiés surtout aux chômeurs ou de la dîme annuelle à payer . Même ceux qui quittent l'île doivent  payer cette dîme en signe de reconnaissance pour l’ "évangélisation"  de leur enfance.

Après le déces de ses parents , Tila voulut d'abord continuer ses activités agricoles, mais se retrouvant seule pour ce qu'elle considérait comme un travail d'équipe, elle se consacra   de plus en plus ses journées aux activités paroissiales, qui incluent la préparation des chants, les "études bibliques" à animer chez les adultes,  "l'école du Dimanche" pour les tous petits,  la collecte de fonds ou de produits pour les fêtes, et j'en passe. Mais je citerai deux fonctions pour lesquelles Tila était précieuse pour sa communauté. Un certain nombre de familles s'adonnait à l'ivrognerie du matin au soir. Tila était chargée par son oncle Jacob d'aller les visiter, et  de les inviter aux énormes  banquets de la paroisse lors des fêtes. Ensuite, elle les relançait pour tenter de les intéresser aux répétitions chorales des messes, aux danses folkloriques, aux sports .

La deuxième fonction consistait à mettre en orbite les jeunes du quartier, délinquants potentiels ou intermittents,  autour du groupe des jeunes de la famille. Jacob et les adultes de la paroisse ne savaient comment  parler aux jeunes en général, aussi ils avaient besoin de Tila, qui se vivait comme une adolescente perpétuelle, avec plus de maturité.

L'intégrisme de façade des discours religieux n'avait été dans les familles qu'un vernis sur un laxisme éducatif total.  Presque jusqu'à la fin du XXème siècle le partage familial était un partage d'abondance, et l'offre d'emplois était supérieure à la demande : on voyait des jeunes travailler juste quelques semaines pour se renflouer, et l'immigration européenne , faible, ne créait pas de rejet syndical. Mais , à la fin du XXème siècle, la jeunesse des campagnes commença à se regrouper autour des décibels d'autres rythmes que ceux des instruments acoustiques traditionnels,  et à développer des frustrations tenaces alimentées par la télévision et ses modes .

 Pour Tila et sa classe d'âge, l'échec scolaire dans le cursus français était carrément dédramatisé, tant  l'église protestante se présentait comme une alternative d'éducation maohi. Les proches de Tila, qui avaient  abandonné l'école en même temps qu’elle au niveau de la 5ème, étaient devenus pasteurs, diacres, employés communaux, paysans ou pêcheurs dans un contexte de prospérité . Les lagons n'étaient alors pas encore dévastés par la pollution ou la pêche intensive, les plaines côtières n'étaient pas surpeuplées, et les moyens de gagner de  l'argent existaient encore largement, un peu comme avant le 1er choc pétrolier en France. A Tahiti la crise avait été retardée par les sommes d'argent colossales déversées à l’occasion des essais nucléaires .La crise ne devait commencer à exploser que dans les dernières années de ces expérimentations. Il y eut alors l’explosion du chômage..

Tandis qu’’aux Marquises- Henua Enata - ou aux Tuamotu et aux Gambier, le catholicisme ,ou le culte sanito - mormonisme orthodoxe - dominaient, l’église protestante orchestrait la vie de la plupart des villages des îles tahitianophones . S'il n'y avait pas de conflit entre l'éducation protestante maohi et l'éducation française laïque, c'est que la première dominait dans ces villages, se présentant comme la meilleure des éducations, et que la gendarmerie  ne réprimait pas vraiment  les réticences à l'école obligatoire .

Les jeunes à qui avaient affaire Tila avaient souvent eu des parents  qui n'avaient pas jugé utile d'intéresser leurs enfants à l'amélioration de leurs résultats scolaires . Tous ne faisaient pas l'école buissonnière . Il y en avait aussi beaucoup qui stationnaient aimablement sur les bancs de l'école , juste assez déconcentrés pour ne plus se souvenir du début des phrases lorsque celles-ci finissaient . Les élèves tahitiens, chinois ou européens qui comprenaient quelque chose aux cours étaient considérés comme doués par leurs condisciples moins attentifs, pour qui les sujets et les efforts ne paraissaient ni utiles ni intéressants. Ces jeunes  estimaient qu'on les s'ennuyait sufisamment au collège la semaine pour que le week end et les après-midi libres, les professeurs installés sur l'île, supportent leurs décibels, qui faisaient vibrer les cloisons loin à l'entour.

 Tila  était vue par les anciens comme par les jeunes comme un lien précieux, puisqu'elle pouvait s'entendre avec les deux classes d'âge sans conflits. Elle avait été longtemps l'auxiliaire du pasteur Antonio qu'elle avait aidé, avant son décès,  à réhabiliter dans la vie paroissiale le folklore et les vêtements traditionnels, les couronnes de fleurs et les instruments de musique jadis interdits. Certes le puritanisme intégriste des  premiers missionnaires anglais  (9) n’inspirait plus la législation  du pays depuis  le protectorat français, mais même en 2007, il est encore des paroisses protestantes où l’on déconseille de venir à la messe en paréo et avec des colliers de fleurs.

Dans sa paroisse par contre, Tila passait des nuits entières, avant les fêtes ,à tresser des costumes de danse végétaux et des couronnes de fleurs. Vingt ans plus tôt, le groupe folklorique de sa famille m'avait invité à venir danser en son sein dans une fête paroissiale  à condition que ce soit en pantalon et en chemise. L‘évolution avait été progressive, grâce à Antonio, Tila et Vainui. Désormais, tambours et conques inauguraient les messes, et des chants étaient entonnés en dansant à l‘intérieur de l‘église. La paroisse protestante maohi en arrivait ainsi à  vouloir même orchestrer les activités culturelles qui avaient été interdites jadis  par les pasteurs de la London Missionary Society, lorsqu’ils gouvernaient de fait le royaume).

En obtenant auprès de la paroisse le financement du chariot à gros décibels que souhaitaient les jeunes, Tila obtenait d'eux qu'ils préparent ensuite les chants de messe. Le message, c'était qu'il fallait que les vieux respectent la musique des jeunes ,généralement enregistrée , souvent importée des Etats-Unis ou de la Jamaïque, et que les jeunes écoutent "la parole de Dieu" et perpétuent la musique traditionnelle maohi, à la messe comme dans le folklore .

La famille rapprochée de Tila et la section Tarema 1 de la paroisse coïncidait en partie avec la section de hand-ball féminin du club sportif du village, Temanava.  Tila en était la gardienne de but , poste difficilement remplaçable, vu qu'elle arrêtait les balles, même avec les titis (les seins) s'il le fallait. Elle avait l'oeil, et si tous les genoux de son équipe s'acheminaient régulièrement vers les ruptures de ligaments et les béquilles, Tila avait pour philosophie que si Jésus s'était sacrifié pour l'humanité, elle-même pouvait sacrifier ses articulations pour que l'équipe familiale soit gagnante.

Avec son équipe, à l'occasion sélectionnée pour des rencontres internationales, Tila avait voyagé, aux Samoas, à Fiji et en Europe .Elle avait même eu droit à une alerte à la bombe dans un aéroport. Lorsque je la rencontrais, il était question qu'elle aille en Australie, mais elle resta  à Moorea, car à peine quelques semaines après qu'elle se soit installée dans ma cabane , une des filles de mon propriétaire lui  avait proposé un emploi à mi-temps. Désormai Tila s'occupa de son jardin le matin .  Le fait d’avoir un travail rémunéré lui fournit un argument commode pour ne plus être sollicitée tous les jours par les activités paroissiales.  Nous pouvions nous baigner dans le lagon, aller ensemble à des entraînements d'arts martiaux qui avaient lieu dans la salle des fêtes où nous nous étions  rencontrés, juste à portée de vue, et je jouais de la flûte sur les chansons qu'elle jouait à la guitare ou au ukulele.

Puis, après deux ans et demi de cette vie, comme sa façon de pratiquer le sport reposait sur la croyance qu'on dépasse les problèmes d'articulation lorsqu'on s'échauffe dessus avec témérité,   elle dut arrêter son travail de jardin à cause d'un lumbago. Le kinésithérapeute, qui était aussi ostéopathe, tenta comme j'avais moi-même tenté en vain de l'orienter vers une  relation plus consciente avec son propre corps, mais la frénésie de la compétition ruinait tous les progrès qu'il lui faisait faire.

Lorsqu‘ils apprirent que Tila n‘avait plus d‘emploi rémunéré, l'oncle Jacob et  sa Céline n'hésitèrent pas à venir la chercher en voiture dès 6 heures du matin pour toutes sortes de tâches, rythmées par des goinfreries chroniques, pour la ramener vers 1 heure du matin. C'était bien sûr "au nom de Dieu" et ils ne se privaient pas de culpabiliser Tila si, à l'occasion, elle me faisait  leur dire qu'elle était déjà partie au village en truck, alors qu'elle était cachée dans la cabane. En fait, je devais apprendre qu'une employée de mairie d'allégeance politique opposée à la leur tentait , avec ses bénévoles, de prendre la direction de Tarema 1, et Jacob avait besoin de Tila comme soldat familial permanent sur le front des activités avec les jeunes. Jacob, et Céline étaient toujours malades à force d'excès alimentaires et de manque de sommeil mais ils présentaient le sacrifice de leur santé comme une offrande à Dieu. .. Jamais je ne pus avoir une discussion sensée avec eux, même s'ils m'estimaient assez pour espérer que je cherche à devenir diacre . Ils s'identifiaient tellement à leur mission qu'ils étaient un exemple parfait de l'influence des moeurs sur la religiosité.

 Margaret Mead remarquait qu'aux Samoas, il fallait atteindre un certain âge pour pouvoir sortir du village. Tout promeneur pouvait être interpellé par un villageois plus âgé qui ait un travail à lui faire faire. Pas étonnant que la proportion de suicides batte des records dans cet archipel, en dépit du folklore qui présente une image idyllique de  son identité. Le même mot paari signifie en tahitien vieux, sage et dur. Aux Samoas, les citoyens peuvent voter depuis 1991 , mais ne peuvent choisir que parmi les chefs coutumiers. En 1993, le conseil des chefs des Western Samoas  font exécuter un samoan qui après vingt ans d’absence de son île, avait refusé d’ aider une équipe à gagner un match de cricket, et refusé de payer une amende. En 1980, un homme qui avait refusé d’aller à la messe était banni de son village, et dépouillé de tous ses biens .Tel était le système traditionnel que Temaru ,le chef des indépendantistes tahitiens donnait en exemple en 2004.

Certes, il y a une pression collective dans chaque société. Partout, le travail éducatif en équipe est de plus en plus valorisé. Mais lui aussi  peut être la meilleure et la pire des choses. Si la conscience de l'équipe pédagogique est faible, les meilleures initiatives seront boycottées comme émanant de fantaisies personnelles. Hors des archipels polynésiens anglophones indépendants, on compte 70% démigrés des îles Cook, 41% des Tongas, 50% des Western Samoas, 75 % de Tokelau, 87% de Niue. Le Samoan Va’a Leulu, écrivait en 1993 : « l’émigration est un droit de l’homme, un droit pour améliorer la qualité de vie et pour aider ceux restés au pays » (Pacific studies n°6, University N.S.W. Sydney). Certains habitants sont forcés d’émigrer par leur famille . Dans les états indépendants du Pacifique insulaire , ce droit à l’émigration n’est généralement reconnu qu’exceptionnellement aux immigrants blancs, lorsqu’ils sont de gros investisseurs.

Alan Duff, l’auteur de « Once were warriors » dont fut tiré le film « l’âme des guerriers » écrivait en 1995 : « Quant au racisme … nous sommes tous racistes … les samoans haïssent les Tongiens, les Tongiens haïssent les samoans…Nous sommes tous racistes, entre Maoris aussi. Personne n’en parle, parce qu ‘il n’y a pas de nom pour ce phénomène » (p207,tome2  « De la conquête à l’exode », de Toullelan & Gille). Cela suggère qu’il s’agit d’un racisme davantage associé à des appartenances communautaires qu’à une identification ethnique. De même, les guerres yougoslaves ont opposé des belligérants de même ethnie et les arabes sont sémites comme les juifs.
 
 Pour moi qui avait vécu en Inde en des temps où la misère y était grave, je pouvais concevoir que la soupe populaire soit une sorte d'idéal social. Mais ce qui me révoltait c'était que  les autonomistes comme les indépendantistes du pays , s'ils demandaient le maintien des retraites presque doublées des fonctionnaires d'état, créatrices d'emplois refusaient obstinément l'extension à la Polynésie des allocations chomâge et du revenu minimum, afin de ne pas développer l'assistanat. En fait , alors que les transferts financiers de Paris, suite à la dette nucléaire consentie par De Gaulle, Mitterand et Chirac, étaient trois fois supérieurs par habitant à ce qu'ils étaient dans les départements français,  ces sommes servaient à assister les nantis , leur procurant  jardiniers et servantes, sans qu'ils payent d'impôts, qu'ils s'enveloppent dans le drapeau français ou lui crachent dessus.

 Tila  sombrait dans une sinusite chronique . Elle était désormais malade à la façon de ses mentors, qui orchestraient sa vie de façon déséquilibrée sous des prétextes de religion, et  ne nous laissait du temps à passer ensemble que lorsqu'ils partaient en voyage à Las Vegas ou ailleurs .

 Je pris alors pris la décision, début 2006, de quitter Moorea. Je pensais retourner d'abord à Bali, car il y avait pour les étrangers , suite à la démocratisation, bien plus de facilités pour s'y installer que jadis. Néammoins je sus par Michel Jourdan, avec qui je correspondais depuis longtemps, que l'Etat indonésien demandait que les candidats à la résidence puissent certifier un revenu mensuel de 2000 dollars .J'avais bien moins, et il eut fallu le double, puisque nous étions deux.

En Inde, il y avait eu, deux ans plus tôt, un tsunami colossal qui fut médiatisé planétairement. Kasturi se trouvait alors dans le jardin de Waringin, et avait survécu en s'accrochant à un arbre. Tila avait peur d'aller sur une côte qui avait essuyé un tsunami si meurtrier. Sans parler de la crainte qu’elle avait des  attentats terroristes. La Dépêche de Tahiti ne manquait pas de titrer ses pages internationales sur tous ceux qui  avaient lieu de l’Espagne à Bali, en passant par l’Inde, ou sur l’ arrestation à Paris de quinze nationalistes tamils convaincus de racket sur leurs coreligionnaires réfugiés du Sri Lanka.

Nous partîmes finalement pour Huahine sur la "goélette" Vaeanu. Puis nous nous installâmes dans une cabane sur la plage Nord, à  Toerauro'a. Le nom du lieu suggère que le Toerau, vent du Nord y est fort . Dans la version en tahitien du Théâtre des oiseaux de Paradis, j'avais nommé A'etoerau la planète Santochan, le dictionnaire du Fare Vana’a indiquant que  ce grand air là procurait à lui seul un bien-être.  Alors que roa suggère un superlatif quantitatif ,a'e indiquerait alors un superlatif qualitatif .

Nous sommes restés deux ans à à Huahine, sur cette plage déserte.  Pendant un an j'ai exposé une quarantaine de mes toiles dans la librairie de l'île, puis quelques autres dans la galerie Tevaïvaï. D'autres sont restées accrochées dans des boutiques de Moorea ou de Formentera, ou ont été vendues . Tila chantait en jouant au ukulele, et je l’accompagnais avec mes instruments, le plus souvent une flûte de pan d’une main et une percussion de l’autre . Elle participait aux spectacles  du groupe de danse Huahine Here fondé par Tekuri Estall et obtint un prix à un concours de danse. Pour elle il est difficile de pratiquer un art s'il n'y a pas de gratification publique immédiate. Elle regrettait souvent Maatea, où elle était  l'animatrice . Lors des fêtes, je jouais aussi de mes instruments avec des gens de Huahine , ceux du groupe de danse et leurs proches.



Ma sadhana s'intériorisa encore davantage. Je réduisis presque mon activité sociale à la confection de documents audio , vidéo et écrit pour faire connaître le Théâtre des oiseaux de Paradis.  Avec ce genre de documents les étudiants les plus courageux pourront recevoir ces enseignements, sans que j'aie à m’épuiser de façon constante sur les limites  des moins courageux . J'ai besoin de mon temps pour toutes mes pratiques, et  pour jeûner dès que le besoin s'en fait sentir . A Huahine, j'ai beaucoup dansé sur le sable près des arbres miki-miki , kahaia et  tehinu, tellement cristallins , autour de la maison que nous louions. Le lagon était derrière nous, et nous en étions séparés par une brousse épaisse et des marécages  .Nous vivions en bordure du récif, face au large, face aux baleines qui passent (image 54).

Te mau hoa o te poipoi (les amis du matin) ,acrylique , vendue

Puis lors de travaux d'installation d'une nouvelle citerne, l'ancienne s'étant effondrée, Tila voulut, quoiqu'elle en fut dispensée , porter des poids lourds, et une hernie se déclara. Elle dut être opérée à Papeete, puis retourna dans son village, chez son frère, non loin de l'hôpital . Une infirmière venait lui changer ses pansements, et le médecin lui interdisit de dormir sur un matelas à même le sol comme à Huahine, pour faciliter la guérison, et tout effort physique pendant six mois. Il était donc impossible pour elle d'utiliser le scooter, il aurait fallu le lever sur sa béquille, le pousser lors des pannes chroniques. Les avaries du scooter me faisaient souvent dépasser mon budget, je puisais chaque mois dans mes réserves. Un tahua (c'est à dire en Polynésie actuelle une sorte de "guérisseur", qui combine l'usage de plantes et de citations bibliques pour soigner) assura à Heilanie, la nièce de Tila, qu'un tupapau, c'est à dire un fantôme de Huahine, était mécontent qu'elle habite sur sa terre, et la rendait malade. Toute la famille en fut persuadée . La soeur aînée et la filleule de Tila convainquirent la tante Rosina de nous louer une maison désaffectée à un prix deux fois moindre que la somme payée chaque mois à Huahine.  Et j'acceptais de déménager dans la vallée de Maatea , à Moorea de nouveau, en mars 2008.



Nous habitâmes alors dans une maison familiale assez vaste , dont j 'habillais la vétusté avec mes peintures. La maison se situait dans un jardin avec de grands arbres, avocatier ,et surtout maiorés (arbre à pain), le tout mêlé de bananiers et d'hibiscus. l 'endroit aurait été idyllique si quelques individus, dans la vallée, ne s'étaient pas senti en droit de diffuser les basses electroniques ou les sermons de leur radio à plusieurs centaines de mettre à la ronde, et souvent en continu. Suite à une bagarre entre jeunes de Maatea et d'Afareaitu, bagarre diffuée par téléphone sur internet par un cousin de Tila, l 'église et les élus de tous bords participa à une assemblée générale de la population sur le terrain de foot-ball, où les policiers municipaux et les gendarmes expliquèrent qu 'il ne fallait pas chercher à se venger soi-même des affronts, et qu 'il valait mieux porter plainte. Ce que firent plus d'un, notamment contre les nuisances sonores, mais les délinquants relançaient leurs décibels apres le départ des mutoï (police ). Parmi ces individus bruyants, il y avait quelques uns des jeunes qui avaient bénificié de l 'achat d'un chariot musical, par le biais des casse-croûtes que Tila confectionnait dans le cadre de ses activités paroissiales. Pour avoir incendié une maison, démoli une voiture et envoyé le conducteur à l'hopital,ils avaient écopé d'un amende d'un million de francs, pour laquelle tous les villageois avaient cotisé, y compris moi-même, sur la promesse de comportements plus civiques. J 'ai toujours apprécié entendre des voisins jouer de la musique et chanter, lorsque c 'est sans amplification excessive, mais lorsque des enregistrements de musique mécaniques sont diffusés pour toute une vallée, je souffre. En outre,dés qu'une maison était laissée sans surveillance, elle est victime de vols. Je ne pouvais pas quitter les parages si Tila ne restait pas présente, et elle était généralement absente tous les jours jusqu'à tres tard dans la nuit, plus sollicitée que jamais, pour faire des couleurs de fleur ou des costumes de feuilles pour la danse, mais surtout pour des cuisines perpétuelles, ceci étant une façon coutumière de financer les associations sportives, culturelles, religieuses .

 

Un jour, excédé par le bruit excessif de mes voisins les plus jeunes, et pensant qu 'ils avaient été intimidé par les gendarmes tahitiens le jour où ils étaient venus les chercher l 'arme au poing, j 'allais leur demander courtoisement de baisser le volume de leurs décibels. je ne les trouvais pas, car s'ils avaient laissé leur chariot "musical" pres de ma fenêtre, ils étaient occupés bien plus loin. Mais leur mère, une parente obèse de Tila, qui vendait des cerettes confites et autres sucreries à côté de son portail, se mit à hurler que ses enfants allaient me tuer , puisque je n 'aimais ni les jeunes ni la musique. Elle disait aussi qu 'elle avait indiqué à Tila une maison isolée dans la vallée, mais Tila ne m 'en avait jamais touché un mot, car cela l 'aurait éloigné des maisons où elle officiait à l 'entour. En fait , Tila était tellement absente que sa soeur Turere et son frere Teremu la grondaient continuellement, l 'avertissant que ce n 'était pas en négligeant d'être avec moi jusqu'à tard dans la nuit qu'elle conserverait son "tane popa'a". Turere allait jusqu'à me suggérer de menacer Tila d'une séparation, si elle ne changeait pas de comportement. Mais Tila n 'en avait cure, persuadée que l'on peut garder un homme plus âgé par des gâteries sexuelles intermittentes, et supposant sans doute que je ne trouverai pas de femmes sur l 'île qui ne soit mariées, ou vénales, ou ivrognesses.

 

En guise de communication avec Tila, je n 'avais désormais que des relations sexuelles .Elle ne répétait même plus les danses qu 'elle avait étudiées à Huahiné, et elle ne jouait plus de musique avec moi à la maison, puisqu'elle n 'y était que rarement. En un sens , elle était consciente que notre nouvelle vie était à l 'opposé de ce qu 'elle m 'avait promis pour me convaincre de déménager à Maatea. Car elle ne savait pas dire non aux militants évangélistes qui la sollicitaient, et qui sacralisaient ses services de l'onction  "du Bon Dieu". Comme ni elle ni moi ne nous laissions aller à la colère, elle pensait queje m 'adapterai à ce rôle de nain de jardin où elle me cantonnait désormais .Plus d'un couple tahitien ou mixte s'en contente , mais je ressentais une sorte de solitude à m 'entraîner seul à la musique et à la danse. Même lorsque je peignais, il était davantage enchanteur de le faire près d'une présence féminine aimante. Bien sûr, elle pensait aussi que j 'aurais pu l 'accompagner dans ses occupations . Mais j 'avais déjà participé ,bien longtemps avant de la connaître, à des répétitions folkloriques chez son oncle Augustin, et je savais qu'il s'agissait le plus souvent de s'attendre les uns les autres pendant des heures, dans des ambiances noctambules de grignotages, de boissons alcooliques , de décibels et de télévision , pour ne pas aller plus loin dans le tableau de moeurs.

 

Tila rentrait souvent vers 1heure du matin, et elle dormait donc jusqu 'à ce qu 'un klaxon lui signifie devant la porte qu 'elle était attendue pour un nouveau service, quelques heures apres qu 'elle se soit endormie. Apres 5 ans et demi de vie commune, je constatais une régression complète de notre vie de couple, et un refus total de sa part de déménager ailleurs .

 

*

 

L'art a toujours été pour moi un outil de vie, un langage plus complet que celui des mots, qu'il englobe, pour orchestrer une évolution dans la vie quotidienne intérieure et extérieure. Puis j’ai constaté , aussi bien en Europe qu'en Asie ou dans le Pacifique, qu'à peu près personne ne pratiquait un art sans pouvoir compter sur une connivence sociale. Certes, je peux avoir besoin de la connivence sociale, moi aussi, pour survivre sans être esclave complet du tourbillon . J’ai même observé que cette connivence était généralement antérieure à l'approbation des productions artistiques . Si on est adopté par un milieu social et artistique, on est valorisé par lui, encouragé . Sans doute la nostalgie qu'avait Tila de son village avait là sa raison d'être. En dépit de tous les coups bas, il y a pour le natif de la grande famille, des compliments d'office, à l'excès même. On dénigre trois pas esquissés par les enfants d'un autre groupe mais pour ceux de la famille, on est dans le dithyrambe permanent . Mais comment trouverai-je la grande famille de l 'humanité si ce n 'est dans une relation fusionnelle et pédagogique aussi complète que celle  assumée pendant de nombreuses années par Christine . Elle n'en a d'ailleurs jamais renié les bienfaits, même si sa nouvelle vie avec Toni a d'autres priorités, notamment sur le plan de l'autarcie agricole et de la thérapie par magnétisme .. Nous devons aimer chaque créature , disait Peter Deunov, chacune à la distance où cela est possible.

 

En décembre 2008 j 'ai rencontré Nimozette Filola Nzoke. En me voyant danser le Théâtre des oiseaux de Paradis, elle a eu l'instinct d'en imiter spontanément les gestuelles, en public, et elle s'est montreé motivée pour étudier davantage  et assurer la transmission de ce trésor de formes et de sens  . Lorsque j'ai évoqué  mon rêve de Pygmalion et Galatée , de Padmavati avec Jayadeva, elle m 'a répondu : "je serai ça pour toi" , et aussi :  "je  te ferai tourner comme un ventilateur neuf"...  Elle s'est appliquée ensuite à entretenir sa crédibilité .

 

 

Le 20 décembre 2008 je quittais Moorea et arrivais à Formentera le 24 Décembre , puis à Marseille le 3 janvier 2009. Mon père décédait sous mes yeux le 6 janvier 2009 à 1h 30 du matin, et j 'accompagnais en mer mon frere à une mille au sud-est de l 'île de Planier là où Ferdinand Tron avait demandé qu 'on répande ses cendres

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Une nouvelle vie a commencé en Afrique le 20 janvier 2009 .  Nimozette Filola NZOKE est née le 11 Mai 1984 à Elogbatindi. Son premier prénom Nimozette avait été suggéré par un prêtre chrétien. Quand à Filola, son second prénom, il avait été inspiré par le personnage d'un  film indien. Nzoke, le nom de famille ,  évoque l 'ivoire de l 'éléphant.

 


Sur l'Afrique en général on lira  avec interêt les ouvrages d' Ahmadou Kourouma (l "Allah n 'est pas obligé"  éd du Seuil ,2000) , Effa ( "Le cri que tu pousses ne réveillera personne", Gallimard),  Rosny (Les yeux de ma chèvre ,collection Terre Humaine), Nigel Barley ("Un anthropologue en déroute", "le retour de l'anthropologue", Payot) , Jeanne -Françoise Vincent (Princes montagnards du Nord Cameroun, 2 tomes, L'Harmattan 1991) ainsi que Mongo Betti (Trop de soleil tue l'amour,juillard 1999) . J'imagine que Mongo Beti doit être bien plus riche que moi pour qu'il puisse proclamer que des millions de francs CFA soient des sommes dérisoires.

 

J'ai donc vécu l'année 2009 avec Nimo pres de la plage à Mpalla, puis Mahalé,  deux villages de la côte camerounaise. A  partir d'un cyber-café de Kribi, la ville la plus proche, j'ai publié , lorsque la connexion internet a été assez stable , des fichiers videos et audio qui peuvent illustrer divers épisodes de ces mémoires.   De nombreux documents seront encore publiés , au fil des possibilités, sur ce blog, et sur <www.wat.tv/dominiqueTron>  ainsi que sur <www;youtube.com - tronoriatadominique>

 

Sri Aurobindo  écrivit :"Presque tout artiste (il y a de rares exceptions) a en lui quelque chose de l'homme "public", dans ses parties vitales-physiques, le besoin du stimulant que donne l'auditoire, l'appréciation sociale, la satisfaction de la vanité ou de la gloire. Cela doit disparaître complètement s'il veut être un yogin, et s'il veut que son art soit au service non pas de l'homme, ni de son propre égo, mais du Divin"

Que l 'Amour et la Conscience Divine soient toujours mieux reçus dans la vie quotidienne de chacun de nous. Et que  les peuples de la Planète Terre parviennent à évoluer en un seul peuple sans frontières ,avec des lois de justice sociale et une éducation diversifiée pour un développement harmonieux des capacités de chacun.

 

_________

 

MADINGWA
("je t 'aime", en bakoko)
EXTRAITS DE MON JOURNAL DE BORD 2009

 

*

 

 

jdb09-3-13

Nimo me raconte qu 'au large de son village il y a une île que l 'on aperçoit au loin sur la ligne de l 'horizon , et qui est appelée jardin d'Eden car de temps en temps les courants apportent des fruits et ce serait de cette île.Mais nul n 'est jamais arrivé à cette île, toutes les expéditions se sont soldées par des échecs et des naufrages. Un jour des blancs décidèrent d'aller s'y installer et affrétèrent un navire puissant, mais il fit naufrage.

Ensuite elle me raconte l 'histoire d'un autre naufrage de navire habité par des blancs. Toute la population vint proposer son aide, à condition qu 'on lui laisse prendre sur le bateau tout ce qui était récupérable. Néammoins il y avait  sur le bateau une chambre forte dont les blancs refusèrent de donner les clefs , car elle contenait une cargaison de mercure, ce qu'il était dangereux à manipuler pour les hommes et l'environnement. Ce refus mal compris irrita les villageois, qui cessèrent de secourir les blancs. Un vieux emporta une mallette. Les blancs se débrouillèrent de survivre au naufrage avec leur équipement, et eurent l 'idée d'essayer de récupérer la mallette, car elle était pleine d'euros, à peu pres le montant du budget d'un pays, dit on. Mais le vieux n 'avait pas compris la valeur de ce papier monnaie, qui avait été utilisé pour tous les usages qu 'on réserve au papier, pour amorcer les feux ou se nettoyer le derriere, et dispersé dans la campagne par les enfants. Les blancs récupérèrent les restes . Lorsque l'on sut plus tard au village ce que contenait la mallette. des villageois furieux vinrent alors tuer le vieil homme qui avait récupéré en vain la mallette et l 'avait rendue en partie vide.

Nimo, toujours en rigolant et en me certifiant que tout cela est vrai, avec l 'air pourtant de n 'y croire que pour en rire, me raconte l 'histoire d'un autre mallette.

Il était une fois une femme noire qui voulait à tout prix voyager pour échapper à la pauvreté, et qui pour cela s'était mise avec un blanc tres riche qui ne lui plaisait que pour son argent, et elle pensait le quitter dès qu 'ils seraient en France. Mais voilà ce blanc n'avait aucune envie de retourner en Europe, peut-être parcequ 'il y était recherché comme un grand bandit . En plus ce blanc battait la femme , de gros coups bien dosés (dixit Nimo) dès qu'elle commençait ses jérémiades et récriminations. Alors elle alla au commissariat, espérant que les policiers lui serviraientt une partie du pot de vin que le blanc devrait allonger pour faire retirer la plainte. Mais les policiers semblaient ne pas vouloir s'en prendre à ce blanc là, gros gibier qui pouvait avoir d'autres protections plus haut. Ils se moquèrent de la femme en disant : "ne t'inquiète pas, même s'il te crève l 'oeil ou te casse le pied, il t 'en rachètera un, car en France on vend tout ça et il n 'aimera pas se montrer avec une femme borgne, et il aimera que tu aies un nouveau pied pour que tu puisses continuer à le servir". La femme  revint à la luxueuse visa, tellement amère qu 'elle décida de se mettre en quête de l 'endroit où le blanc cachait son argent. Un jour elle découvrit une mallette, mais pour ne pas se faire prendre avec ça à la main en la sortant par la porte, elle la jeta par la fenêtre dans le jardin. Manque de pot, la mallette tomba sur la tête du jardinier, qui cria sa douleur. Affolée et craignant que le jardinier réveille les dormeurs , ou ouvre la mallette puis l'emporte ailleurs pour lui seul, la femme sauta à son tour par la fenêtre, mais elle se cassa la cheville. Arrivée en bas , elle fit vite taire le jardinier en lui montrant quelques billets mais celui-ci voulut voir le contenu complet de la mallette et négocia une grosse part, pour se contenter de la moitié. Elle ne pouvait lui laisser plus car elle craignait ne pas avoir assez pour s'acheter ensuite un nouveau pied en France, et elle ne revint jamais au pays.

Comme on rigole souvent en s'appelant mutuellement "mon grand gorille blanc" et "mon petit ouistiti chocolaté", Nimo m'a dit une fois : " Tu sais , les gorilles ce sont des hommes, ce sont nos cousins lointains" je lui réponds : "- Tes cousins ?", elle me répond : "ce sont donc les tiens aussi. même qu 'un homme une fois ici avait un petit frere qui ressemblait tellement à un gorille qu 'il avait presque réussi à le vendre à des blancs venus pour un zoo qui recrutait des bêtes en Europe. Mais finalement à l 'aéroport on lui a demandé ses papiers, et les noirs de la douane ne l 'ont pas laissé passé, car ils savaient que ce n 'était pas un gorille. Tu sais, quand j 'étais petite , dans mon village Elogbatindi, les gorilles habitaient dans la foret à côté et il n 'était pas rare qu 'ils jettent un coup d'oeil sur les marmites qui refroidissaient, et s'il n 'y avait personne pour les surveiller , ils mangeaient. Une fois on a trouvé 5 gorilles autour d'une marmite et ils se régalaient, et lorsqu 'on est arrivé, ils n'ont pas eu peur vu qu 'ils étaient 5. Les gens leur ont jeté des sorts en leur montrant du doigt leur propres trous du cul et  des poires de lavement de la pharmacie. Ca ça fait peur aux gorilles , qu 'on leur fasse un lavement du colon, rien que l 'idée ça les fait fuir. Ils sont partis, mais comme ils étaient très mécontents , ils ont renversé d'abord la marmite par terre, et ça ça prouve que ce sont des hommes. Puis avec les années les villageois ont eu des fusils, et les gorilles ont jugé prudent d'aller habiter dans les montagnes pour ne pas finir dans les marmites. Mais ce sont des hommes, ce sont vos cousins, bref nos cousins"

Un autre jour, elle me dit que sa tante Rose (qui m 'a promis de m 'apporter du crocodile, un mets recherché, coûteux à moins qu 'on ait réussi à en attrapper un) a vu, de ses yeux vu, un serpent vomir des billets de banque. Elle était dans le salon de coiffure MIMOZA, et elle entend un bruit de vomissement chez la voisine du marché, celle qui me demandait de l 'argent si je tournais l 'appareil de photo vers elle, car ici on ne vole pas les images car on pourait lancer des sorts avec. Bref le serpent vomissait les billets de banque qu 'il avait volé pour elle en passant d'un étal du marché à l 'autre, profitant de la distraction des marchandes qui ne peuvent toujours avoir l 'oeil sur leur caisse.

Mais le serpent ne faisait pas ça pour rien . En fait il négocie d'abord. Souvent ce qu 'il négocie c 'est un membre de la famille de ceux qu 'il va aider. La famille le vend et le serpent l 'emmène au pays des Iwawas. Le  pays des Iwawas c 'est un monde parallèle, mais ils ont des esclaves dans diverses parties du monde. On retrouve parfois dans une rue de  Douala un gars qui a disparu à Kribi, et il travaille pour les Iwawas, comme un automate, pour leur fournir de la force vitale, ce qui est tres recherché chez les zombis. Parfois même un sorcier peut faire passer une grosse maladie dans la peau d'un frère ou d'un cousin."

Alors que Nimo racontait tou cela, notre copain Rodrigue approuvait , en signalant cependant que ces choses là ne peuvent arriver aux blancs, alors que Nimo me disait que bien des blancs parmi les plus riches sont devenus des magiciens impitoyables.

"Une fois", me dit -elle, "il y avait une fille de Kribi qui avait noué une amitié avec une fille de Douala de passage, et qui était tres riche, avec grosse automobile et énorme villa sur la plage " .  La fille de Douala explique à la fille de Kribi : "je peux te montrer comment tu peux devenir riche comme moi, viens à Douala et tu verras de tes propres yeux".En fait la fille de Douala avait fait un pacte avec un serpent qui voulait faire l 'amour avec elle, avant de vomir à ses pieds les billets de banque qu'il avait volé. Et maintenant qu 'elle était riche, elle voulait sortir de cette prostitution, et la seule solution pour que le serpent lui lâche les baskets c 'était de lui trouver une remplaçante .

La fille de Douala poste sa nouvelle amie derriere un trou de serrure, afin qu 'elle puisse assister à la visite du serpent dans sa chambre aux murs et au plafond couverts de miroirs. Pour faire l 'amour, le serpent entre complètement dans la poupounette de la femme, et lorsqu 'il est bien chargé de son énergie pour la journée, il sort et vomit ses billets de banque. La fille de Douala explique à l 'autre qu 'elle va des le lendemain lui céder sa place, et que ce sera à son tour d'en finir avec toutes ces galères qui sont le lot de tous ceux qui manquent d'argent pour tout, pour les médicaments et même pour payer le cyber-café où on peut trouver l 'âme soeur tellement il y a le choix, mais il faut la patience de dialoguer des heures pour être sûr qu 'on n 'a pas affaire à un maitre porno ou un proxénète mais à un vrai sentimental qui sait ce qu 'est l 'amour. Et surtout il ne faut pas etre encore en contrat avec un serpent qui sera  jaloux du nouveau venu.

Donc maintenant qu 'elle est riche et qu 'elle cherche l 'amour, elle est prête à refiler son serpent à la copine de Kribi. mais elle l'avertit que celle-ci doit éviter de crier et encore moins de se rhabiller, quoique le serpent fasse dans son ventre.Sinon, si elle commence à se contracter, le serpent aura du mal à sortir du vagin, et va chercher une issue ailleurs  et là, bonjour les dégâts. La néophyte lui garantit qu'elle est tellement en manque d'argent qu 'elle supportera sans peine la pénétration du serpent. Mais une fois que le serpent est entièrement dedans, elle se sent vraiment mal et inquiète, et c 'est plutot de la souffrance que l 'orgasme. Alors apres une demi-heure, elle n 'en peut plus , elle hurle, ce qui rend le serpent furieux , et donc elle hurle encore plus. Finalement le serpent commence à la manger de l 'intérieur . La pauvre fille se rhabille et prend le bus pour rentrer à Kribi où tout le monde croit qu 'elle est enceinte. Mais elle meurt peu apres d'une hémorragie, et le serpent qui a finalement trouvé le moyen de sortir la laisse maigre et morte "comme une ethiopienne affamée".

 

jdb09-4-3 :  Nouvelles de Tandhirayankuppam .  Kasthuri lance deux appels au secours pour les mêmes raisons qu 'il y a dix ans. J 'étais venu, j 'avais fini par obtenir un accord avec la chefferie (le panchayat), avec l 'arbitrage de Pierre, car le principal meneur de la contestation était Mani, qui est un intermédiaire entre Pierre et les villageois dont il était le premier employeur. Mani et les siens souhaitaient dégommer Kasthuri de son poste : n 'était elle pas une étrangère, certes une tamile  mais de caste paysanne. Même mille ans de résidence ne lui donnerait jamais aucun droit sur les emplois disponibles sur cette plage. Le panchayat a admis le principe d'un versement de 10% sur les loyers qu 'encaissait Kasthuri. Kasthuri a continué à engranger les loyers, rien que pour elle, sauf que lors du tsunami en 2004, les locataires ont déserté, ne se sont pas transmis leur maison de week-end comme depuis 1981 .

 Ensuite, Kasturi m 'a dit qu 'il était impossible de trouver des locataires. Il fallait que j 'envoie de l 'argent, pour l 'aider, ou pour les canalisations d'eau, la nappe phréatique étant gâtée. J 'ai envoyé ,même lorsque je n 'équilibrais pas mon budget mensuel . Mais Kasthuri n'envoyait plus de comptes. Elle m 'avait donné le n° de téléphone de Laxmi, sa voisine, je l 'ai appellée un jour pour savoir si elle avait reçu mon argent. Sa voix semblait fausse, et aussitôt apres je partais en scooter et en tombait.

Un jour Pierre m 'a téléphoné à Huahiné. Il s'était fait jeter par Kasturi, alors qu 'il était venu faire visiter un locataire potentiel. Puis quand G.,  dont j'avais gardé la maison en 1976 m'a demandé la permission de construire une cabane en bas de l 'ermitage Waringin, afin qu 'il soit en sécurité le temps de réhabiliter cette maison presaqu'en ruine, à l 'abandon sans gardien depuis trente ans presque, j 'ai été d'accord avec enthousiasme. Mais Kasthuri l 'a viré lui aussi, et pourtant il a même un sang et un look tamoul. Du coup G. est retourné illico en France, où il est gardien de musée, retraité dans un an.

Appelée au téléphone chez Laxmi, Kasthuri était tres en colère : " qui donc avait reçu la charge de mon terrain, sinon elle ?".

Mais Laxmi a compris que Kasthuri avait chassé la personne même qui avait défendu son emploi devant le panchayat en 1999, car alors Mani était son employé .Elle avait expulsé  pour me cacher qu 'elle avait en fait des locataires, et pour jouer son rôle de  victime jusqu 'au bout (Ceci dit elle a elle même lune maison en dur  dont elle a hérité a hérité ainsi que d'un très grand terrain).

Bref maintenant Kasthuri m 'appelle au secours. Elle affirme que Laxmi jouait le rôle d'agent double aupres de Mani et Kasthuri affirme aussi que j 'ai donné la charge du terrain à Mani. Mani affirme que l 'accord de 1999, c 'était 5O % et pas 10%. Mani a menacé Anail, la nouvelle locataire qu 'avait trouvé Kasthuri, pour qu 'elle déguerpisse. Elle avait même payé d'avance. Mani a placé ses locataires, qui l 'ont payé d'avance . Kasthuri est allé cherché alors Kasha comme traductrice. Kasha m'a appris ensuite qu'elle  avait loué la maison pendant des anées, à la suite d' Olivier, et d'un autre Dominique. Kasturi lui avait dit prendre juste son salaire, et me garder le reste de l 'argent.

 Kasha était partie parceque je ne mettais pas l 'argent dans l 'entretien, alors que tout part en ruines, et voyait en Kasthuri une femme exceptionnelle (cesrait le cas, si on la compare à ses homologues de la caste des pêcheurs, qui ne daigneraient pas arroser une plante , ce  n'est pas de leur caste). Au moins Kasthuri a  parfois arrosé les plantes grasses, ( les arbres fruitiers que j'avais plantés sont morts apres mon départ). Ou plutot Poorani a arrosé. Car à Huahine j 'avais reçu un mot de Poorani, en tamil, et apres une matinée avec le dictionnaire, ça disait sans aucun doute : "ma mère est un tyran. Elle me fait faire tout le travail dans ton jardin et ne me donne pas un sou. Elle truque les comptes en se faisant passer pour ta servante". Cette fois Poorani m 'envoie une adresse internet, comme je lui avais conseillé de le faire, mais elle fonctionne mal cette adresse. Kasthuri disait à Kasha qu 'elle mettait une partie de l 'argent du loyer sur un compte pour moi. Bref Kasha va essayer de reprendre ça en main avec Pierre qu 'elle connait.  Par ailleurs Arumungan, qui jadis collaborait avec Kasturi pour l'entretien du terrain, a déplacé sa cloture pour élargir sa maison. Au début chacun de ces deux avait un salaire, prélevé sur le revenu locatif de rois bungalows, elle pour l'arrosage, et lui pour l'entretien. Mais leur mésentente était telle qu'ils s'étaient partagés leur zones d'influence sur le terrain. Arumangan avait été remplacé par MayaKrishnan apres qu'il ait incendié , lors d'une cuisson mal surveilée, un des bungalows qu'il avait transformé en fabrique illégale de shelom.

En mai 1999, Kasthuri soufrait de l'absence de son mari, presque toujours dans le village de son autre femme, au point de me faire des avances tres explicites, et je suppose qu 'elle m 'en a voulu depuis de ne pas avoir acepté ses mains baladeuses.

 

jdb09-4-7

Nimozette me dit qu'il ya un blanc qui n 'est pas accepté par la famille de la tante de sa femme côté père . La tante a piqué une crise pres d'une buvette de la plage, en ville,et hurlait : "fils de pauvre ! tu n'as même pas de voiture, tu marches à pied comme un rat, un rat palmiste. Oui le jour de la dot je soulèverai mon doigt pour dire que je suis contre ce mariage, lézard sans avenir ! Répond à mes insultes et tu vas voir ce que tu vas recevoir. Et regarde celui là qui passe dans sa grosse voiture... Ca c 'est un vrai blanc !"

Le futur mari de la nièce regardait la scène à la façon d'un chien qui regarde la télé, mais disait quand même qu'il allait installer l 'électricité pour la buvette de sa femme et celle des voisins, excepté celle de la tante. Il avait déjà acheté un congélateur et de nombreuses chaises en plastique .

 

jdb 09-4-29

Hier soir, apres le coucher du soleil, Nimo, sur la plage, tout en me massant doucement la poitrine alors que je regardais les étoiles, m’a raconté comment son grand pere Vincent avait  vendu ses deux filles avant même leur naissance. D’abord Rose, la tante de Nimo, puis en 1965, Louise, sa maman.

A cette époque là  Marie, la grand mère, avait déjà annulé son mariage en remboursant la dot que Vincent avait payé pour l’épouser. En fait Marie n’avait jamais été informée par Vincent du fait que celui-ci avait déjà encaissé des dots pour des enfants qui étaient encore dans son ventre. Mais bien plus tard elle découvrit que ses enfants ne vivaient plus au village d'Elogbatindi et qu'on lui apprit que  ses filles Rose  et Louise , qui avaient alors entre 15 et 17 ans étaient déjà avec les maris prévus par leur grand pere .

Ayant juré que ses filles ne seraient mariées qu’avec un homme qu’elles auraient choisi ou accepté, Marie se mit à chercher Rose dans toute la ville de  Douala et finit par la retrouver . Mariée à un tuberculeux, elle avait contractée la tuberculose. Marie confia alors Rose à son frere qui était médecin dans l’hopital de cette ville. Cela lui prit plus de temps encore pour retrouver Marie, car elle avait été mariée à un homme d’un village lointain dans la forêt .Cet homme avait 65 ans lorsque Louise était encore dans le ventre de sa mère

.Ce n’est que le jour où une marchande ambulante  reconnut Louise sur une photo que Marie put localiser ce village. La marchande ambulante la conduisit aux environs du village, mais ne voulait pas se montrer pour ne pas perdre sa clientèle  vu qu'elle serait accusée d’être complice d’une évasion. Heureusement  Marie trouva les femmes au bain dans la riviere, avant même de croiser des villageois mâles qui se seraient opposés au départ de Louise. Marie distribue alors des billets de 1000 francs cfa aux femmes présentes qui disent à Louise qu’elle est bien chanceuse de pouvoir s’évader, vu que toutes ont été mariées dans les mêmes conditions, c'est la tradition.

 Louise et Marie partent en courant sur la route, et voient passer un taxi brousse surchargé, l'une s'entasse dedans, l'autre s'accroche derriere, les pieds sur le parechoc, et finalement  constate  queles villageois finalement courent dans leur direction, ils ont découvert l'évasion, le "rapt", mais la voiture est plus rapide

*

 

 

 

avec Nimozette , 2009

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WELCOME -Video d' accueil

Nim and Dom dance in 2009
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opus 320 : TE TINO I ROTO TE MARAMARAMA

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D.O.TRON, opus 260 : Te mau tita one no te rai mai

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opus 109 : te ori o te hoera'a

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opus 248 : te ara

TECLAR SOBRE "PEINTURES"

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opus 93 :te pu i u'ufau

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opus 106 : te opani hope

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opus 140 : tatauhia i roto

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opus 148 : te farereira'a i Atiha

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opus 311 : te are ninamu

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tron.dominique@gmail.com

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1974 :Baris in Batuan,Bali by D.O.TRON

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1982 : Panji Gambuh in Batuan, Bali, by D.O.TRON

 

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Demang : comic dance by D.O.TRON in Pedungan, Bali

 

HOW TO BECOME A PARADISE BIRD

 

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livre disponible sur Internet , taper les mots du titre pour trouver le libraire. Sur la couverture Dominique Tron en 1966 photographié par Alain Sabatier à Grasse.

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1997 :rehearsal with my students in Tahiti. Behind Namata, I have in the hand a flute I have made ith Maharepa mountain reed.

 

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Sylvie and Samantha . Watch them in the Key 7

 

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opus 14 : 'a faari'i te pupura'a o te meho nui ha'atupu'a .At the bottom of a desert canyon, in Bali, I heard the call of the Paradise Bird. 

D.O. TRON -opus 52b 

Opus 52 : Atatia Anoanomarie (= the wise counsellor for Justice is coming) Later ,The Paradise Bird put me in contact with Sri Agastyar. One day , i listened his voice and he started to guide me.

D.O. TRON -opus 304b-te mau huero piru

D.O.TRON : opus 304

D.O. TRON - opus 167

D.O. TRON, opus 167 : porte arrière de l'atelier à Tiahura

D.O. TRON - opus 166 - te fare pe

D.O. TRON, opus 166 : Te fare pe o te oaoa (la maison déglinguée de la joie) 

D.O. TRON - opus 169 -Maria peata

 

D.O. TRON - opus 263d -te huero o te ao,c

 

D.O. TRON -opus 339

 

D. O . TRON - opus 100b -te hoa o te u

 

D.O. TRON - opus 145 -,te rerera'a

 

D.O. TRON -opus 327

     ABOVE : opus 169 : Maria Peata (Sainte Marie ), then  opus 26 : te huero o te ao (l'oeuf du monde , the seed of the world), then opus 339 : te ora i roto te ofa'i ( The stone coming to life) , then opus 100 : Te hoa o te u (l'ami de la couleur), then opus 145 : te rerera'a (l'envol), then opus 327 (la Mère et l'enfant)

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" - je serai ça pour toi. Et je te ferai tourner comme un ventilateur neuf"

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Nim le 20 juillet 2010

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Dominique in the Baris dance, Batuan temple 1974

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1976 in India: Serenity School . Thandhirayankuppam. Tamil Nadu

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1983 in Bali, Pedungan. I Gede Geruh dancing Mata, Dominique playing suling gambuh

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X harp made by Denis Brevet and panflute made by Popescu

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Carving made by Toni Marin

D.O. TRON - opus 292-te tere o to'u mau ivi,f

D.O. TRON - opus 292 : te tere o to'u mau ivi (le voyage de mes os ) :

Pour la plupart de mes contemporains je ne suis qu'un gibier,

un semblant d'existence qui se heurte à chaque carrefour à des chasses gardées

et là il manque toujours un permis même pour respirer !

 

Je me croyais riche, car abondamment pourvu d'amour et de savoirs

Mais mes revenus n'atteignaient nulle part le taux de l'innocence institutionnelle

mes efforts étaient livrés aux rapaces qui partout bénéficiaient de visas ...

Il fallait qu'ils me traquent en plus afin de briser l'écho de mon chant

jusqu'à ce que seule l'invisibilité me fasse m'évader de leur labyrinthe.

 

Les bouchers passaient haut la main toutes les frontières

comme si les antilopes et les lamantins n' étaient venus au monde

que pour leurs containers réfrigérés

Heureusement le Théâtre du Phénix m'enseigna à naviguer sur plusieurs plans de l'existence

dans le silence j'entendais son chant se graver dans ma gorge

pour que je trouve absurde de  baisser les bras

et pour que j'apprenne à m'envoler de toute mon âme dans le soleil ....

Un de ses rayons a tracé la voie de mon nid dans les collines d'ébene et de lait de la chair parfumée de Nimozette.

 

Certes, s'ils pouvaient nous repérer

les coordinateurs généraux nous assiègeaient

les petits bandits nous guettaient eux aussi, 

déguisés les fascismes tribaux et cravatés avait un droit coutumier sur nous,

soi-disant ...

Nous étions l'obsession de  leur festin cannibale

car ils ne savaient recevoir l'offrande Divine d'Amour dans la quête de l'équilibre

alors ils convoitaient la chance et oubliaient la modération

Plus d'une fois je m'éveillais sur leur gril , ils nous apprêtaient avec leurs sauces.

 

Oui, leurs pièges sont puissants en cette préhistoire

Et leurs fantômes se réduisent à leurs ombres mornes passagères,

Car leurs chairs ne sont pas habités par la lumière

 

Alors si mes os capturés brûlent un jour comme ceux du gibier

qu'ils se consument jusqu'à n'être que ces rayons  du temple de l'Univers

Que ces piliers chantant pour te joindre, lecteur, au choeur des transparents célestes.

 

Déjà,  ouvert attentif au silence des vertus et ne parlant pas pour ne rien dire

sur cette Terre nous pouvons percevoir et apprendre de l'Eternité ....

Les enfants et les vieillards sincères y trouveront le levain de l'espérance

celui transmis jusqu'à ces temps par les mutants rescapés de l'Hstoire Prédatrice

cruxifiés par les bêtes rebelles à la logique de l'Amour Divin ...

Elles se déguisent de toutes les idéologies mais s'éteignent par leur propre mensonge

tandis que se transmettent les rêves d'évolution, la chanson internationale du partage .

 

J'ai tenté de déjouer les pièges par le théâtre approprié et c'est encore

un travail constant, récompensé d'un côté par l'aimante inspiration supramentale de la Conscience Cosmique

et de l'autre côté sanctionné par l'indifférence , la moquerie et l'opprobe

mais quel bonheur de  distribuer tant de fruits aux quelques fleurs miraculeuses de gratitude

en dépit du temps arrogant des spéculateurs qui empoisonnent les fontaines de jouvence.

 

Giflé sur cette Terre par les tenants du snobisme , de la mesquinerie et de la raison d'Etat

Rançonné par les voyous des bas et hauts quartiers de l'apartheid planétaire

Je me suis heurté  aux murs aveugles  mais j'ai tenté de les sculpter  pour qu'ils soient habitables

tel Pygmalion truvant la vie de  Galatée au fil de sa caresse volontaire,

ou tel Jayadeva immergé dans la prière du berger 

Jusqu'à l'offrande de Padmavati, possible seulement par la consécration 

 

J'offrais la clé de cet Eden reçu au profond de mon coeur

mais rares furent les âmes qui trouvèrent que c'était un précieux cadeau

néammoins un jour que je parlais de cette conscience joyeuse

où il est question de construire nos souffles dans les vertus mises en pratique jusqu'à l'envol

et où toute langue perd son sens sans relais ni interlocuteur

Nimozette m'a dit "Je serai cela pour toi    

Et je te ferai tourner comme un ventilateur neuf !"

ph09-5-14 (27)

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